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Mendicité : le retour du Mambour ?

Sur l’air de “que fait la police ?”, Olivier Chastel nous propose d’interdire la mendicité sur le territoire de la Ville de Charleroi.

  • Luc Parmentier, Secrétaire régional, Chef de Groupe au Conseil Communal

Mais il oublie que la Police, si elle fait peu, c’est tout simplement parce que la mendicité du fait de personnes adultes, majeures, n’est plus punissable. La loi sur la mendicité et le vagabondage datant de 1891 a été abrogée et donc la police n’a plus de moyen de répression contre la mendicité. Ce qui est répréhensible, ce sont les troubles de l’ordre public, l’agressivité des mendiants lorsqu’ils accostent les passants et le fait d’utiliser un mineur d’âge à leurs fins.

Exit le libéralisme social, vive le libéralisme sécuritaire et réglementaire ! Louis Michel à peine parti, le MR retrouve ses couleurs avec un arrière goût de Jean Gol ou plutôt de Roger Nols !

Mais pire encore, Michel Wilgaut, le Président du CPAS de Charleroi, se dit lui aussi favorable à cette interdiction ! On a l’impression de retourner des siècles en arrière où la bienfaisance publique régnait en maître, où l’ancêtre de Mr Wilgaut, le MAMBOUR, nommé par le curé et les Echevins administrait les biens des pauvres. C’était le temps où divers édits et ordonnances réglementaient la mendicité et comminaient des peines sévères contre ceux qui les enfreignaient. “Il était défendu aux pauvres étrangers de mendier dans le pays, parce qu’ils détournaient les aumônes dont les indigents locaux avaient besoin. Ceux du pays qui étaient en état de travailler pour gagner leur vie, ne pouvaient mendier « à peine d’être saisis et mis en prison au pain et à l’eau pendant six semaines » (art. 14 de l’édit de 1740). Les indigents ne pouvaient, sous la même peine, mendier hors de leur village, sauf aux abbayes ou cloîtres voisins. Il était défendu de mendier dans l’église et d’y faire l’aumône. Les surcéants pouvaient empêcher l’entrée du village aux mendiants et vagabonds étrangers, et les arrêter sans aucune formalité, à condition de les remettre entre les mains du maïeur.”

Charleroi est confrontée comme tous les centres urbains à un certain nombre de problèmes sociaux : toxicomanie, mendicité, prostitution, personnes sans domicile fixe ou sans papiers. Les personnes qui se livrent à la mendicité semblent se répartir les rues, les carrefours, les entrées des surfaces commerciales. Ce phénomène ne laisse personne indifférent ; il agit comme une sorte de miroir qui nous renvoie le visage d’une société malade et de ses laissés-pour-compte, qui fait naître en chacun de nous des sentiments ambigus, mélange de compassion, d’irritation, d’exaspération, de colère, de révolte…

Quel que soit le type de sentiment qui nous parcourt, nous ne restons jamais de marbre car (re)surgit dans notre esprit, à ce moment-même, la lancinante question “et si c’était nous ?”.

La mendicité, symptôme visible de ce mal endémique qu’est l’exclusion sociale, nous la croisons quotidiennement pour finir par ne plus la voir.

L’immense battage médiatique qui accompagne les premiers froids et les fêtes de fin d’année viennent alors soudainement nous tirer de notre torpeur pour nous rappeler qu’en ce début de troisième millénaire, des hommes, des femmes et des enfants tendent encore la main alors que, paradoxalement, les dispositifs d’aide sociale mis en oeuvre n’ont jamais été aussi importants.

Le règlement de Police de la ville de Charleroi prévoit en sa section 5 :

“Mendicité - Collectes à domicile ou sur la voie publique - Sonneries aux portes”
  • Article 50
    • §1 Les personnes se livrant sur le territoire communal à toute forme de mendicité, même sous le couvert de l’offre non professionnelle d’un service quelconque, ne peuvent troubler l’ordre public, ni compromettre la sécurité, la tranquillité ou la salubrité publiques.
    • §2 Il leur est interdit de harceler les passants ou les automobilistes et de sonner aux portes pour importuner les habitants.
  • Article 51
    • Le mendiant ne peut être accompagné d’un animal agressif ou susceptible de le devenir et il ne peut exhiber aucun objet de nature à intimider les personnes qu’il sollicite. De même, l’utilisation de mineurs d’âge aux fins d’apitoyer les personnes sollicitées est strictement interdite.

A l’instar de la Ville de Mons, il faudrait sans doute compléter ces articles par ces termes :
Il leur est interdit d’entraver l’entrée d’immeubles et édifices publics ou privés ainsi que l’accès à un commerce.

Mais le député Chastel veut sans doute aller plus loin et imiter Liège où Jean-Maurice Dehousse n’aimait pas voir traîner des mendiants dans ‘sa’ belle ville et a donc rédigé une ordonnance pour la réglementer :

Article 2, §3: ‘La mendicité est permise dans ces différentes zones selon le calendrier suivant. Lundi: Centre et Longdoz. Mardi: Avroy et Ouest…”. etc., jusqu’au samedi - midi.
Car, en vertu de l’article 2, §4, ‘la mendicité n’est pas autorisée le dimanche”. Jour du Seigneur et des touristes.
Et d’après l’article 3, elle n’est permise que de 8 à 17 heures (7 à 12, le samedi).
En outre, “pas plus de deux mendiants ne sont autorisés au même endroit au même moment” (art 4, &1) et “pas plus de quatre mendiants ne sont autorisés dans la même artère ou sur la même place au même moment” (art 4, §2).

Est-ce cela que Messieurs Chastel et Wilgaut veulent pour notre Ville !

La mendicité ne constitue pas en soi un problème de sécurité.

Pourchasser la mendicité n’a jamais constitué une réponse au problème sous-jacent de la pauvreté et du handicap social.


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