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Ampleur de l'usage de drogues : Prévention et accompagnement curatif

  • Malika El Bourezgui, conseillère communale.

Comme partout ailleurs, notre ville n’échappe pas à la problématique de la toxicomanie et de ses dommages au niveau social, de la santé et de la sécurité.

La place qu’occupent les drogues dans notre société a de quoi faire réfléchir. En l’espace d’une génération, nous avons assisté à l’expansion “ stupéfiante ” du marché des produits psychotropes en termes de consommation et de produits disponibles. L’utilisation de drogues illégales s’est banalisée auprès de larges tranches de la population. Ce fait est notamment constaté par la FEDITO, c’est-à-dire les Fédérations Bruxelloise Francophone et wallonne des Institutions pour Toxicomanes (FEDITO) qui fédére des institutions actives dans la prévention, la réduction des risques et les soins relatifs aux assuétudes. Il ne faut pas se voiler la face, les assuétudes concernent des pans entiers de la population et les personnes fréquentant les institutions spécialisées ne représentent que la pointe d’un grand iceberg. Qu’on le veuille ou non, le cannabis, par exemple, est entré dans notre culture.

Il faut savoir que la consommation régulière ou abusive de cannabis est devenue une des principales causes de décrochage scolaire et qu’à la prison de Lantin, près de 90 % des détenus sont consommateurs réguliers de drogues. Aussi derrière chaque toxicomane, il y a un exploiteur de naïveté et de détresse humaine qui peut engrenger des profits financiers indécents au détriment de la vie d’autrui.

Dans ce contexte, nous ne pouvons que saluer et soutenir les structures mises en place pour fournir assistance aux usagers problématiques de drogues et lutter contre la toxicomanie et ses dommages sur la vie urbaine. Il y a ainsi la division “ Prévention Drogue ” mise en place par la Ville dans le cadre du Contrat de Prévention et de Sécurité dont l’un des objectifs porte sur la réduction des risques. Il y a aussi des associations telles que l’asbl Transition- Diapason et Trempoline, entre autres.

Cependant, il est évident que des moyens supplémentaires sont nécessaires pour renforcer, consolider ces structures, développer des synergies et faire face à des besoins croissants en matière de prévention, d’assistance et d’accompagnement pour la réinsertion sociale et professionnelle. Les travailleurs oeuvrant dans ce contexte particulier, devraient bénéficier de contrat à durée indéterminée permettant l’établissement de projets à long terme en vue d’une prévention de qualité.

L’asbl Transition, qui est un centre de sevrage et de crise subventionné en grande partie par l’INAMI, ne dispose que de 8 lits et il y a une liste d’attente de 6 mois. Trempoline ne dispose que d’une quarantaine de lits en post-cure, c’est-à-dire après sevrage complet. Cela a le mérite d’exister mais reste néanmoins insuffisant par rapport à la réalité. Des lacunes sont également ressenties, comme par exemple, l’absence de centre de jour occupationnel pour les toxicomanes en traitement, un service de sevrage ambulatoire ainsi que des appartements supervisés comme cela existe à Bruxelles pour favoriser la réinsertion sociale.

En ce qui concerne la prévention, elle reste insuffisante alors qu’elle devrait être une priorité de santé publique. Je suis de ceux et de celles qui pensent que plus on parlera publiquement de l’usage problématique des drogues, plus les consommateurs se remettront en question.

La consommation de drogues ne doit pas être banalisée car il existe un risque réel pour la santé. Il faut expliquer, informer des conséquences et des dangers que cela peut impliquer. Voir le rapport annuel 2004 de l’OICS (l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants qui fait partie du système des Nations Unies).

Ne pourrait-on pas se donner les moyens d’impulser une véritable campagne de prévention, de sensibilisation et d’information objective et claire qui soit visible dans l’espace public ? Ne pourrait-on pas mener de façon systématique des projets d’information pédagogique sans dramatisation dans les écoles aussi bien à l’attention des élèves que des adultes ? Les administrations, le CPAS, les écoles, les maisons de jeunes, les bibliothèques, le Palais de justice, etc… pourraient être des espaces propices pour diffuser cette campagne d’information par des affiches, des brochures et autres.

D’autre part, en amont, ne serait-il pas fondamental de développer des synergies avec les différents secteurs d’interventions psycho-sociales existants dont les acteurs sont amenés à rencontrer les familles et leurs enfants dans les différents moments de leur vie ? Ceux-ci pourraient observer, entendre ou dépister les situations à risque.

Au centre ville, le long de la Sambre, j’ai personnellement pu constater la présence de nombreuses seringues au sol à différents endroits. Y a-t-il un service chargé de ramasser ces objets dangereux étant donné le risque de contamination du sida ou de l’hépatite B ? Ne pourrait-on pas d’une part recenser ces lieux à risques, cibler ce groupe d’usagers et d’autre part imagnier un service mobile spécialisé et adapté pour pratiquer de la prévention sur le terrain ?

Il est clair que les dérives de l’usage abusif de drogues peuvent entraîner un sentiment d’insécurité et d’impuissance parmi la population, ce qui peut renforcer les discours extrêmistes. C’est pourquoi, il apparaît nécessaire de se donner les moyens de s’investir dans la lutte contre la toxicomanie et ses dérives et de poursuivre la politique de réduction des risques par tous les moyens adaptés.

Quant aux agents de police qui sont appelés à gérer des situations de consommation problématique sur le terrain et à rencontrer des familles en détresse, sont-il bien formés à ce type d’intervention et informés des structures existantes pour pouvoir les relayer ?


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