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BSCA, aéroport de jour et de nuit

La stratégie aéroportuaire de la Région wallonne offre une source quasi inépuisable de réflexion sur l’articulation entre néolibéralisme, régression sociale, dégradation environnementale et déficit démocratique…

  • Auteur : Léon Taniau
  • Source : Le Journal du Mardi, n°250 du 10/01/2006, p. 17.

Les grands dossiers écologiques qui se sont bousculés ces derniers temps (torpillage de REACH, Conférence climatique de Montréal,…) nous ont amené à négliger quelque peu la politique environnementale de nos responsables politiques, fédéraux ou régionaux. Or, c’est peu dire qu’il y a là du grain à moudre. La stratégie aéroportuaire de la Région wallonne, par exemple, offre une source quasi-inépuisable de réflexion sur l’articulation entre néolibéralisme, régression sociale, dégradation environnementale et déficit démocratique…
Dans le courant du mois de novembre, les grands médias se faisaient l’écho d’une conférence de presse au cours de laquelle le ministre (CDH) des Transports, André Antoine, disait sa volonté de prendre mieux en compte les préoccupations de riverains… afin de réduire le nombre de procédures en justice et d’assurer plus de sécurité juridique aux exploitants de Bierset et de Gosselies (1). Il est assez clair que les accents environnementaux de ce discours ne sont qu’un emballage visant à abuser la galerie.

Aux gens qui souffrent des nuisances sonores, le ministre s’est contenté de chanter les louanges de la Région wallonne dans sa politique de rachat et d’isolation des maisons. Les riverains de Brussels South Charleroi Airport apprécieront tout particulièrement : sous prétexte que BSCA serait un aéroport “de jour”, les habitants des zones B et C ont seulement droit à l’isolation de deux pièces d’habitation. Que choisissez-vous messieurs-dames : les pièces de séjour ou les chambres à coucher ? Qu’est-ce qui est le plus important à vos yeux : entendre la télévision le soir ou assurer un sommeil de qualité à vos enfants ? Questions d’autant plus cyniques que l’expression “aéroport de jour” relève de plus en plus de la mystification sémantique…

La qualification de BSCA comme aéroport de jour était valable quand les vols étaient interdits par décret entre 22H et 7H “sauf cas exceptionnels”. Très vite, cependant, l’exception devint la règle (jusqu’à dix vols par nuit entre 22H et 23H ou entre 6h et 7H). Lorsque la justice, en 2004, donna raison aux riverains, imposant une astreinte de 10.000 Euros par infraction, il ne fallut pas 48 heures à l’exécutif wallon pour faire voter une modification du décret, autorisant les vols entre 6H30 et 23H (2). Au nom de la création d’emploi, voire de la démocratisation du transport aérien (quelle démagogie !), le pouvoir politique s’affichait ainsi ouvertement comme le porteur de valise de Michael O’Leary, l’ultra-libéral patron de Ryanair.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Comme la limite des 23H continue d’être dépassée allègrement, le ministre Antoine annonce de nouveaux assouplissements. Pour peu que ses avions soient basés à Charleroi, en effet, Ryanair aurait pratiquement les mains libres en matière d’horaires. Dans la communication du ministre, ce nouveau recul est présenté comme un progrès “garantissant aux riverains de Charleroi la présence des avions les moins bruyants et les plus performants au niveau acoustique, dans les créneaux horaires les plus sensibles” (3).

En 1999, l’étude d’incidence de l’allongement de piste concluait que les activités projetées exposeraient 57.000 personnes à des nuisances sonores de 55dB(a), néfastes pour la santé, et précisait qu’un seul vol de nuit suffirait à porter la pollution sonore à 70 dB (4) dans un vaste périmètre. L’autorité de Contrôle des Aéroports wallons (ACNAW), confirmait: l’organisme ne s’habitue pas au bruit et, au-delà de 66 décibels, les effets sur la santé sont “très significatifs”. Ces avis ne pèsent pas plus que les protestations des riverains, dont la majorité – serait-ce un hasard ? - appartiennent aux couches sociales les plus défavorisées. Les gueux aboient, les scientifiques honnêtes objectent, Ryanair passe et le politique joue avec les mots.

(1) Voir par exemple Le Soir du 15/11/2005.
(2) Vote du parlement wallon le 1/4/2004
(3) Site du ministre Antoine, 16/12/2005
(4) Le dB(a) mesure la nuisance sonore, notion subjective intégrant le nombre de mouvements et le moment de leur occurrence sur une période de 24 heures


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