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Le projet de Rénovation urbaine du quartier de la Ville basse et le sort de la prostitution

  • Anne Cattiez, Conseillère communale

Lors du dernier conseil communal, en avril dernier, un point de l’ordre du jour faisait état de la rénovation urbaine du quartier de la Ville basse dans un périmètre défini entre le Boulevard Tirou, la rue Jean Monnet et les quais de Flandres et de Brabant.

Le projet peut paraître certainement séduisant et le dossier relatif à ce point relevait les bénéfices escomptés pour le quartier et la ville dans son entier, notamment par le rachat des immeubles abandonnés et en conséquence :

  • l’augmentation des activités commerciales,
  • l’augmentation de la valeur foncière,
  • l’attraction de nouveaux habitants dans ce quartier.

Mais l’approbation de principe de ce dossier ne doit pas nous faire oublier que des personnes habitent encore ce quartier dont la plus value foncière, notamment, risque de chasser :

  • même si la dégradation de ce quartier a fait fuir certains habitants, il reste qu’y vivent encore nombre de personnes très précarisées : que prévoit-on pour elles ?
  • D’autre part, il y a tout le public des prostituées qui vivent dans ce quartier. Il se dit dans certains cénacles qu’on les regrouperait en un seul lieu, dans une sorte de Villa Tinto au bord du ring, comme cela se fait déjà à Anvers ou à Schaerbeek.

Il y a deux mois en effet, j’étais interpellée par les associations de la Ville basse qui travaillent avec le milieu des prostituées, inquiètes du sort qui risque d’être réservé à une frange très fragilisée de la population qui habite encore ces quartiers.

Je me fais le porte parole ce soir de ces personnes et des associations qui travaillent avec ce public et qui expriment de très grosses inquiétudes quant à la mise sur pied d’un tel projet et la réalisation potentielle d’une Villa Tinto.

  • Les deux opérateurs de terrain (l’ASBL Icar et l’ Espace P, pour ne pas les citer) disent ne pas avoir été consultées, concertées et le regrettent.
  • Or ces associations connaissent bien la problématique et le public de la prostitution. En 2007, 169 personnes ont été prises en charge rien que par l’ASBL Icar. Quelque 6400 contacts ont été établis. Dans les bars, 68 personnes ont bénéficié d’une aide. Il s’agit d’un travail d’accompagnement rude de journée et de soirée. Ce sont des services utiles qui ne sont plus à prouver. Ces services ont établi une relation de confiance avec ce public.
  • Ces associations ont des choses à dire, notamment sur l’impact réel que risque d’avoir ” l’expropriation ” de ce public et le parcage d’un certain nombre d’entre elles dans un endroit très ” hygiéniste “. D’un certain nombre d’entre elles, car toutes ne seront pas invitées à utiliser la dite ” Villa Tinto “. De plus, la Villa Tinto impose la vitrine que toutes ne souhaitent pas vivre (être en sous-vêtement).
  • Il est vrai qu’il s’agit là d’une population marginalisée et que l’on considère trop facilement ” comme de seconde zone ” mais qui ne mérite pas qu’on les déplace, comme du bétail. C’est sans doute un public ” dérangeant “. Les opérateurs de terrain effectuent un réel travail d’accompagnement et de rééducation de ces femmes qui vivent pour beaucoup d’entre elles, dans une grande précarité sociale et mentale. Pour ces associations, l’aménagement du quartier et la création éventuelle d’une telle structure va renvoyer dans la clandestinité nombre de ces femmes avec qui elles avaient établi un contact, car ce genre de structure va opérer une certaine sélection. Comment ces femmes pourront-elles encore être accompagnées ? Et surtout, ne risque-t-on pas d’opérer un déplacement de celles-ci vers d’autres quartiers marginalisés de la commune ?

Entretemps, Monsieur le Bourgmestre, il se fait que lors de la rencontre que vous avez eue le mercredi 7 mai au Relais social, dans le cadre du Parlons-en, vous avec donné une lueur d’espoir en promettant d’activer des actions sociales et citoyennes au sein de ce quartier, en échange du soutien du promoteur immobilier Anversois, Monsieur Engelstein, qui a racheté nombre de bâtiments de la Ville basse.

Des propositions de rénovation sont possibles, selon ces associations citées plus haut, qui demandent à être informées et consultées, au même titre que les commerçants ou les habitants.

Ces associations pensent qu’il est possible de penser ce quartier autrement en tenant compte des populations existantes et sans doute plus fragilisées que les populations de classes moyennes prévues dans le projet. Chaque ville est différente, a ses spécificités. Ce qui est bon pour Anvers ou ailleurs ne l’est peut être pas pour ici. Il faut éviter que ce sujet ne soit tabou, il faut que les gens se respectent et puissent parler librement. Des villes telles que Schaerbeek ont développé une véritable politique sociale avec ses habitants dans le cadre d’un décret communal de cohésion sociale.

  • Ce soir, pouvez-vous nous dire si un projet de Villa Tinto est dans les cartons de la Ville ?
  • Monsieur l’Echevin, vous qui êtes aussi échevin de la participation des citoyens, Monsieur le Bourgmestre, puisque vous nous l’avez confirmé lors de la rencontre au Relais social, comptez-vous rapidement prendre contact avec les associations et avec les habitants pour imaginer un projet pilote novateur qui permette de rendre ce quartier accueillant, avec les publics existants et présents, tout en évitant la création d’une Villa Tinto ?

Je vous en remercie.


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