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Ecolo à Charleroi

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Position Écolo sur la Motion Chastel/Van Dyck

Le groupe Écolo ne votera pas la motion déposée par Olivier Chastel et Bernard Van Dyck.

  • Anne Cattiez, Conseillère communale.

La motion sur l’interdiction de signes religieux, et tout le monde sait qu’il s’agit essentiellement de la question du port du voile, et les prises de position qui sont prises en Communauté française devraient nous inciter à réfléchir sur les enjeux réels qui se cachent derrière ce débat .

Or, le débat actuel se résume malheureusement trop souvent à « pour ou contre l’interdiction du foulard à l’école ». De plus, dans les discours, on entend trop souvent l’amalgame : Voile = intégrisme (prosélytisme) musulman.

A Charleroi, il existe un malaise entre les différentes communautés qui se focalise aujourd’hui en un débat sur le port de signes religieux, et particulièrement islamique. On focalise ce débat sur un problème qui n’est finalement pas important en soi alors que l’on devrait plutôt le focaliser sur tout ce qui fait discrimination aujourd’hui.

Car cette question, qui nous « distrait » des vrais problèmes de société (tels l’emploi, le chômage, les conditions de vie…) pose aussi essentiellement le problème de l’échec des politiques d’intégration qui ont été menées jusqu’ici. En France par exemple, cette question a pris 3 fois plus d’ampleur que le débat actuel sur le démantèlement de la sécurité sociale.

De plus, ce n’est pas en traitant cette question au seul niveau communal que l’on va avancer dans ce débat. Laisser aux seules directions ou PO la liberté de décider de la question du voile risque de conduire à des dérives multiples dont la ghettoïsation de certains établissements scolaires, ou de créer des écoles islamiques en excluant ces jeunes filles de notre enseignement, écoles islamiques où le port du voile lui sera obligatoire (cfr le port de la Kippa est imposé dans les écoles juives avec tout le radicalisme que l’on connait)

Est-ce ce que nous souhaitons, au nom des valeurs fondamentales de principes de laïcité, de liberté d’expression ou d’un problème d’égalité entre les hommes et les femmes…

De plus en plus de simplismes s’invitent dans les discours :

  • On peut constater un certain glissement du concept d’immigration vers le concept musulman. Ce qui a pour effets l’ « ethnicisation » des problèmes sociaux et par voie de conséquence , on tombe de plus en plus vers un racisme ordinaire qui devient de plus en plus acceptable….
  • On ne manque pas de discours sur le droit des femmes : pour une fois, on prend fait et cause pour ces « pauvres femmes » alors que les autres problèmes, les autres discriminations ne sont pas abordées : les problèmes des salaires, le temps partiel, la scolarité, la loi sur le divorce, les familles monoparentales…….
  • D’autre part, ce genre de discours risque d’établir une distinction « raciste » entre les femmes. Celles qui seraient soumises à un certain obscurantisme et celles qui se trouvent du côté de « la civilisation et du progrès » de nos sociétés.

Nous pensons qu’il est plus que nécessaire de rétablir le débat à sa juste place, à savoir :

  • Le problème des politiques d’intégration des personnes d’origine étrangère dans notre société. Ne faudrait-il pas mieux agir pour mettre fin à toutes une série de discriminations que connait toute une population, celle dont on se souvient par hasard quand des violences éclatent dans les quartiers de Molenbeek ou ailleurs quand on reparle du voile ? Malheureusement, notre société préfère occulter ces inégalités sociales en se trouvant de nouveaux problèmes plus faciles à traiter.
  • La problématique de l’égalité réelle des hommes et des femmes dans notre société occidentale… Cette égalité, si elle existe en droit, est loin d’être réalisée dans les faits. La problématique de la place des femmes dans l’espace public ; faire respecter réellement et concrètement ses droits, pouvoir la reconnaitre dans ses choix, dans son parcours de vie… Le problème de la liberté des femmes à disposer de leur propre parole.
  • L’école doit rester un lieu de vie pour toutes et tous : est-il vraiment utile d’ajouter une exclusion supplémentaire aux inégalités sociales que vivent déjà ces filles ? C’est une population déjà largement discriminée ( 3 fois discréminées ) et interdire tout signe religieux, càd le voile essentiellement, contribuera à les stigmatiser encore un peu plus, qu’on le veuille ou non.

L’école publique doit permettre à tous les jeunes de se former sereinement à la citoyenneté et à l’emploi. La question restant comment fournir à tous les élèves, filles ou garçons, une formation scolaire qui augmente leur marge de choix dans tous les domaines, et qui pourrait également réduire les inégalités entre sexes, mais également entre ethnies, classes sociales… il s’agit de mettre en place au sein de nos écoles le débat sur le « vivre ensemble », de poser le vrai débat sur la mixité sociale et culturelle à l’école, et d’aider les enseignants à poser sereinement ce débat.

En conclusion,

Ce débat sur l’interdiction de tout signe religieux, à savoir le voile (et on le voit pour l’interdiction des minarets) va engendrer des frustrations supplémentaires, des replis identitaires encore plus violents, et risquer de favoriser certains radicalismes et la montée des intégrismes. Je ne pense pas que c’est ce que nous voulons.

Le problème de fond posé est le problème du « comment mieux vivre ensemble » à Charleroi. Veut-on une société multiculturelle, composées de groupes multiples, avec la reconnaissance de mode de vie différents ou une société où tout le monde est dans le même moule, une société lissée par une pensée unique ? Quelles écoles souhaitons-nous pour nos jeunes, une école ouverte au monde et en cohérence avec cette ouverture au monde ou des espaces clos ? On n’a jamais libéré personne en l’excluant de l’enseignement ou de la formation.

Par conséquent, il faut interdire l’interdiction et laisser au législateur seul ( la question est beaucoup trop importante et dépasse les décisions locales,) le soin de faire un décret après réelle concertation et débat entre tous les protagonistes. Il faut restaurer au sein de toutes les communautés les valeurs de tolérance et de solidarité. Retrouver le vrai sens de la mixité sociale et culturelle.

Le rôle d’un conseil communal est de se méfier de solutions simples ou simplistes mais d’aider les citoyens de cette ville, l’administration et le personnel à une réflexion de fond sur ce sujet.

C’est pourquoi nous soutiendrons la proposition déposée par le PS sur la mise en place d’une commission de réflexion sur le problème de la mixité culturelle et sociale, en y associant le monde de l’école, le monde associatif et le monde politique.


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