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Rencontre conjointe C.P.A.S - Conseil communal

J’apprécie que cette réunion conjointe se tienne à propos du budget ainsi que je le souhaitais lors de la rencontre de mars 2009.

  • Jacqueline Lefin, Conseillère de l’Action sociale.

J’apprécie que cette réunion conjointe se tienne à propos du budget ainsi que je le souhaitais lors de la rencontre de mars 2009.

Comme en 2009, la réunion est fixée à 18 heures et non à 18h30 quand débute habituellement le Conseil communal, ce qui estompe le caractère public. Il est vrai que le Conseil a un important travail à effectuer ce soir.

La particularité de cette année est que nous avons eu, au C.P.A.S., l’opportunité de consulter au cours des deux derniers mois :

  • l’évaluation du «  Plan stratégique 2006 – 2009 »,
  • le «  Plan stratégique 2010 – 2015 »,
  • le compte 2009,
  • le rapport d’activité 2009,
  • le budget 2010.

Le budget du C.P.A.S. est donc tributaire du Budget de la Ville. Cette année donc, le C.P.A.S. vit depuis 6 mois en douzième provisoire et, sans budget est donc dans l’impossibilité d’envisager n’importe quel projet. De plus, il vient de devoir contracter une ouverture de crédit pour lui permettre de remplir ses obligations à l’égard des personnes aidées. Comme c’est pour une courte période, les intérêts ne sont pas conséquents. C’est quand même déplorable car il est en quelque sorte pieds et mains liés à la Ville. Il reste seulement six mois à cet exercice dont deux mois de vacances et l’attente de l’avis de la tutelle.

Je commencerai par souligner un paragraphe de l’introduction de l’évaluation du «  Plan stratégique 2006 - 2009 » qui m’apparaît significatif. Le voici :

«  Ce rapport résulte donc d’une démarche analytique et permet une analyse comparée entre les objectifs fixés par service et par thème du plan de gestion 2006 - 2009 et les résultats réellement obtenus sur chacun de ces points. Nous démontrons ainsi à quel point le C.P.A.S. de Charleroi a bien atteint des objectifs de gestion malgré une évolution imprévisible et jamais connue de la pauvreté à Charleroi. Nous verrons également dans quelle mesure le C.P.A.S. a obtenu des résultats bien supérieurs à ceux escomptés, au bénéfice de la gestion communale mais sans doute en sous-investissant l’action sociale qui devrait idéalement se déployer sur la zone pour faire face à l’évolution rapide des besoins que nous avons constatés au cours de cette même période. »

Ce constat est interpellant et révèle un paradoxe - la reconnaissance de l’augmentation de la pauvreté et de la précarité et le sous-investissement choisi. J’insiste sur ce choisi.

Cela aussi dans la perspective de cette « Année européenne contre la pauvreté et l’exclusion sociale ». Année que le C.P.A.S. ne marquera pas par une activité spécifique ayant abandonné un projet pour des motifs d’économies nécessaires. Je tiens à rappeler que Charleroi et le C.P.A.S sont les plus importants de la Région wallonne et sont décrétés « Pôle social » avec la Province de Hainaut, où la pauvreté et l’exclusion sont aussi importantes et en augmentation constante. Je regrette qu’un projet interne au C.P.A.S., en synergie par ailleurs avec d’autres services de la Ville - échevinats de l’instruction, des affaires sociales, des affaires familiales…- n’ait été envisagé.

Il existe certainement la possibilité de développer un projet dans une méthodologie participative. Il y a au sein du C.P.A.S. des actions originales qui permettraient un tel projet. Cela aurait sans aucun doute été une vitrine des actions possibles et de leur résultat. Et répondant ainsi aux critères pour l’obtention de subsides européens, cela aurait pu aussi permettre au personnel une reconnaissance de leur intervention quotidienne.

Au niveau des travailleurs sociaux, plusieurs ont été engagés afin de faire face à l’accroissement des demandes d’aide. Malgré cela, le nombre de situations à gérer est en augmentation - 145 dossiers par travailleur social. Si chaque situation ne requiert pas nécessairement un suivi, elle demande toutefois une approche professionnelle rigoureuse en fonction de la méthodologie en service et action sociale.

L’article 57 fixe le cadre d’intervention du C.P.A.S. « Sans préjudice des dispositions de l’article 57ter, le C.P.A.S. a pour mission d’assurer aux personnes et aux familles l’aide due par la collectivité. Il assure non seulement une aide palliative ou curative, mais encore une aide préventive. Il encourage la participation sociale des usagers. Cette aide peut être matérielle, sociale, médicale, médico-sociale ou psychologique… ».

Cette article répond ainsi à l’article 1er de la loi du 8.7.1976 : « Toute personne a droit à l’aide sociale. Celle-ci a pour but de permettre à chacun de mener une vie conforme à la dignité humaine.
Il est créé un C.P.A.S. qui, dans les conditions déterminées par la présente loi, ont pour mission d’assurer cette aide
 ».
L’article 59 précise « Le C.P.A.S. remplit sa mission en suivant les méthodes de travail social les plus adaptées et dans le respect des convictions idéologiques, philosophiques ou religieuses des intéressés.
L’article 60 précise encore en son paragraphe 4 «  Il assure le libre choix de l’intéressé, la guidance psycho-sociale, morale ou éducative nécessaire à la personne aidée pour lui permettre de vaincre elle-même progressivement ses difficultés. Il tient compte de la guidance déjà effectuée et de la possibilité de faire continuer celle-ci par l’autre centre ou service auquel l’intéressé a déjà fait confiance… ».

Ces quelques articles montrent bien non seulement l’exigence légale mais l’intention du législateur de favoriser une vie meilleure à chacune, chacun.

Je signale que ces articles figurent et sont commentés dans le « Memento des C.P.A.S. » par Jean-Marie Berger, secrétaire honoraire du C.P.A.S. de Charleroi et Monsieur Olivier Jusniaux, le secrétaire qui lui a succédé.

Les conditions actuelles du travail social ne permettent pas ou peu ce travail rigoureux, le nombre de dossiers ne favorise pas de consacrer le temps nécessaire à accompagner la ou les personnes. Je reprends ici le discours du responsable de l’urgence sociale lors de l’inauguration ce vendredi de leurs nouveaux locaux. Des quatre points qu’il a soulignés, le premier était consacré à « la parole » . C’est ce qui distingue l’être humain dans notre société, lui permet de vivre. Certains d’entre nous ont connu des ratés, des traumatismes, des souffrances, … qui ne peuvent dépasser seuls. Quand une personne se présente au C.P.A.S., personne ne peut connaître sa face cachée, elle-même parfois n’en a pas une conscience précise. Et ce n’est que si l’approche psycho-sociale peut se mettre en place que progressivement comme le précise la loi, une démarche peut progressivement l’amener à retrouver le fil de sa vie.

Pour cela, il faut du temps, un espace de rencontre et de paroles dont actuellement les travailleurs sociaux et leurs clients ne disposent pas. Ce qui implique que restent l’entretien de la pauvreté, de la précarité.

Par ailleurs, des études, des colloques montrent l’importance d’aborder avec ces personnes des aspects importants comme la santé, le devenir des enfants vivant dans cette situation de pauvreté et de précarité. Ils sont les générations futures et méritent en cela un investissement.
Le rapport du Délégué Général du Droit l’enfant dont le D.V.D. «  Sur le Vif » à voir- et auquel le C.P.A.S. a participé- met l’accent sur les effets de ces situations. Cette approche demande à être regardée et écoutée pour mieux encore comprendre et envisager la ou les réponses à ces souffrances, à ces difficultés.
Même si actuellement, la crise a accentué cette situation avec la perte et le manque d’emploi, les exclusions du chômage, le C.P.A.S. n’est certes pas le responsable de cette situation, la Ville non plus. Le premier est toutefois chargé de faire face à ces situations en fonction du cadre défini, la Ville de lui en donner les moyens, moyens complémentaires s’il en est puisque le C.P.A.S. bénéficie de subsides des autres instances. Ces moyens permettent de répondre aux besoins rencontrés au bénéfice de ces personnes en difficultés mais aussi celui de la ville et de tous ces habitants.

Il m’apparaît donc important de disposer de ces moyens et de veiller à les utiliser à bon escient.

Je note qu’actuellement, il y a de nombreux refus de demandes d’aide pour manque de collaboration - j’excepte les refus objectifs - qui semble-t-il sont dus au manque de temps dont disposent les travailleurs sociaux pour un accompagnement psycho-social des personnes au détriment des clients du C.P.A.S. Il serait donc inquiétant que le C.P.A.S. ne puissent pas répondre à ces besoins.

Par ailleurs cette situation présente des conséquences pour ce personnel confronté à ces situations, à ce que j’appelle la «  mort sociale ». Si le vocable paraît violent - ce sont des mots - il a le mérite de mettre en évidence la réalité que vivent ces personnes en état de pauvreté et de précarité, dans l’incapacité de vivre dans un bien-être tant physique que psychologique. De nombreuses études l’ont montré, n’est-ce pas cette année qu’une étude «  L’anthropologie de l’homme le plus pauvre » met en évidence qu’il s’agit d’une femme de 35 ans vivant seule avec deux enfants. Les statistiques sont sans doute intéressantes mais elles ne nous renvoient que la face visible. La face cachée de ce fait social est beaucoup trop souvent ignorée, au mieux estompée.
Je souhaiterais qu’une réelle empathie se manifeste pour ces citoyens mais aussi pour ceux qui les accompagnent quotidiennement.

A coté de ces aspects, je note -et cela depuis le début de ce mandat- une «  peur » des personnes, peur qu’elles abusent, trompent. Cela n’est pas impossible mais je pense que c’est plutôt rare et que ce ne sont pas les pauvres qui abusent le plus, pour cela il faut avoir des moyens. Ils ne les ont pas.
Pour ces abus potentiels, c’est l’accompagnement psycho-social qui peut y veiller.

Pour faire face à cette peur, le C.P.A.S. a conclut une convention Ville - Police afin de vérifier les situations douteuses. Cela m’apparaît comme une déviance, sécuritaire, un non respect de la vie privée et surtout du secret professionnel auquel est soumis le C.P.A.S. Il me semble que c’est l’accompagnement psycho-social qui peut éviter une telle dérive, de nouveaux des moyens internes.
Il s’agit ici du secret professionnel au sens de l’article 458 du Code pénal.

Il me semble qu’il nous faut quitter aussi l’évaluation personnelle de la pauvreté mais passer à la réponse. Depuis vingt ans, il y a eu à différents niveaux, des études de la pauvreté qui ont un coût. Il est vrai que ce coût a permis à des professionnels spécialisés de percevoir un traitement et de vivre, ce qui me fait dire que parfois, « nous vivons bien sur la misère humaine » . Je tiens à dire que les professionnels sont indispensables mais il apparaît utile de veiller à la pertinence de leur action. Le temps que nous consacrons à ces démarches intellectuelles et à leur publication - que de papier utilisé entraînant un budget conséquent, il serait sans doute possible d’y faire des économies.

La question se pose de savoir ce que nous faisons de ces études, comment nous les partageons avec d’autres services pour mettre en place des synergies.

Il apparaît que ces pauvres sont l’objet parfois, voire souvent d’interventions multiples : le dernier repérage montrait une famille objet de 22 services ! Ce n’est fort heureusement pas toujours le cas ! Toutefois, il existe fréquemment plusieurs travailleurs sociaux qui interviennent au détriment même de la capacité de mettre en place un suivi psycho-social et des personnes elles-mêmes qui dit-on manipulent ; il semble plutôt qu’on leur offre cette situation. Cela a donc un coût humain mais aussi financier.

Des synergies devraient être développées entre les services intra muros et extra muros - ville et société.

Dans ces lectures, je note aussi des faits particuliers, par exemple :

  • au niveau des soins infirmiers le temps prévu pour les toilettes, en trois ans, par souci d’économie financière passe de 25’ à 20’ et 15’. C’est étonnant que des soins infirmiers soient l’objet de réduction ignorant ainsi l’importance du temps consacré à ceux-ci et de la relation aux personnes, du temps de PAROLE nécessaire et, pour la personne, la pression temporelle qui risque fort d’entraîner les effets connus du «  burn out » avec ses absences pour épuisement aggravant la situation des collègues et des soins aux malades.
  • il y a aussi l’importance des indus - irrécouvrables - qui se montent à près de 900.000 euros dont certaines sommes trouvent leur origine par exemple au niveau de la Ville, la Région wallonne, l’ I.S.P.P.C., Brutélé et … même des clubs sportifs pour près de 10.000 euros.
  • des frais de parking pour le personnel de l’administration centrale d’un montant de plus de 45.000 euros ramené à 35.000 euros au budget 2010. Ne peut-on demander au personnel de parquer au parking du Palais des Expositions qui est gratuit et gardé ?

A coté de ces aspects difficiles, il y a des réalisations intéressantes que j’ai déjà soulignées par le passé. Elles devraient être développées pour mieux répondre à l’ensemble de la population.

Une action intéressante consiste en une convention avec les sociétés d’habitations sociales pour répondre mieux aux difficultés des locataires en incapacité de payer leur loyer évitant ainsi d’aggraver leur situation de précarité/pauvreté. Cela permet de prévenir et d’éviter des expulsions.

Je terminerai avec une précision à propos du secret professionnel au niveau des membres du Conseil. Le secret professionnel est inscrit dans la loi organique du C.P.A.S. aux articles 36 et 50. Il s’applique aux mandataires et aux membres du personnel. Il apparaît toutefois que les dossiers des personnes soient protégés de toute intervention judiciaire. Le secret professionnel est partagé au sein du C.P.A.S.

Par contre, sauf en ce qui concerne les dossiers individuels de l’aide sociale, le secret touchant les membres du Conseil et les personnes qui ont assisté aux délibérations du conseil ne les frappe plus - quant au contenu même des délibérations - après que le Conseil ait pris sa décision ; ce qui ne leur permet pas toutefois de divulguer les opinions émises au sein du Conseil, le contenu des discussions et la manière dont le vote s’est déroulé.

L’utopie est le désir de tout autre. Elle désigne ce qui nous manque dans notre courte vie sur terre. Elle exprime la liberté, la solidarité, le bonheur partagé dont la conscience humaine anticipe l’absence et les contours. Ce manque, ce désir, cette utopie constituent la source la plus intime de toute action humaine en faveur de la justice social planétaire Sans cette justice sociale, aucun bonheur n’est possible pour aucun d’entre nous.

Henri Lefebvre - «  La raison analytique est un carcan … L’utopie le bélier. »
Interview Radio France - 21 mai 2004.


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