Le Vert Pays

Ecolo à Charleroi

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Charleroi mauvais payeur

Finances. Les intérêts de retard envers les fournisseurs explosent. La faute à une adminsitration trop lourde et pointilleuse ?

  • Auteur : Didier Albin
  • Source : Le Soir

La Ville de Charleroi paie-t-elle mal ses fournisseurs ? Elle ne les règle pas aux échéances prévues en tout cas. L’analyse des budgets montre clairement une explosion des coûts en intérêts de retard. Les factures sont honorées dans des délais qui s’allongent. Si la loi sur les marchés publics impose le plus souvent leur règlement endéans les deux mois, « il arrive qu’elles le soient à 180 jours », admet l’échevin des Travaux, Paul Ficheroulle (PS).

Lors du dernier collège, trois délibérations ont porté sur le paiement d’intérêts de retard : c’est ainsi que le couvreur Troiani s’est vu accorder 617 euros de majoration en plus de ses prestations, tandis qu’un électricien obtenait près de 500 euros pour le retard encouru dans le paiement de son exécution. À Jumet, les entreprises Druez seront également indemnisées pour leur préjudice financier. Elles interviennent dans la rénovation extension du commissariat de Gohyssart. Des centaines de dossiers semblables sont examinés chaque année. Ils peuvent donner lieu à de véritables tensions, comme le cas s’est présenté la semaine dernière avec une menace claire d’arrêt du chantier de la piscine Hélios.

Une chaîne très lourde

« Pour l’adjudicataire, le volume des impayés dépassait un million, rapporte une source politique. Il a donc menacé de démonter le chantier à la date du 15 juillet si des états d’avancement ne lui étaient pas réglés de façon imminente. Un collège a été convoqué dans l’urgence pour valider le paiement de deux des cinq états d’avancement en retard. »

Paul Ficheroulle confirme. « L’état d’avancement sert d’acompte pour les gros travaux publics de voiries ou de bâtiments. Dans le cadre d’un marché comme celui de la piscine Hélios qui représente 9 millions et s’étale sur des mois, il serait inconcevable et insupportable à l’entrepreneur d’attendre la réception finale pour être intégralement payé. Il l’est donc par tranches selon les matériaux qu’il livre et les services qu’il rend : ces produits et prestations sont détaillés dans des fiches d’état d’avancement que le responsable de chantier de la ville valide pour les envoyer dans la chaîne de paiement, vers les finances et le pouvoir politique. Des procédures de contrôle et de décision s’imposent – en cas de désaccord avec l’entreprise, il y a correction : à Charleroi, notre chaîne est très lourde, reconnaît l’échevin. On regarde à tout à deux fois ».

Les affaires n’ont rien arrangé

Ficheroulle admet que les affaires ont renforcé la rigueur des vérifications et traumatisé des gens qui n’osent plus signer quoi que ce soit. « Des documents vont et viennent entre les services, s’égarent parfois ; quand ils sont incomplets, le département de la recette refuse de les payer. » Mais les refus sont motivés.

« Deux jours perdus ici, trois autres là, deux supplémentaires à la troisième étape ; au bout du compte, en multipliant les maillons, on en arrive à des allongements considérables », plaide l’échevin. En notant que la problématique porte sur une gestion de milliers de données par an. « Un gros travail collectif de simplification administrative est à fournir. Il est inscrit au plan de gestion 2010-2015 et devrait produire ses effets par paliers. Mais rien à très court terme. »

Gare aux entreprises dans le rouge

En attendant, l’ardoise est lourde pour les Carolos : au budget 2008, les intérêts de retard s’étaient élevés à plus de 136.000 euros. Leur volume a plus que triplé l’an dernier. « C’est ainsi que la ville a du payer plus d’un demi-million après modification budgétaire, chiffre qu’elle a repris. Et ce n’est pas le seul poste en explosion », pointe l’opposition Ecolo. Le conseiller communal Luc Parmentier relève que le montant des exécutions de jugements condamnant la ville à réparer des dommages causés aux tiers et à transiger dans le cadre de procédures juridiques a également grimpé : « On en était à 570.000 euros voici deux ans. On est passé à 800.000 en 2009 et on y sera encore cette année ! »

Dire que cela arrange les fournisseurs est aussi vrai que faux : ceux qui ont de gros moyens de trésorerie sont ravis des taux d’intérêts offerts par Charleroi, largement au-dessus du marché. Par contre, les entreprises dans le rouge peuvent être mises en vraie difficulté par ces retards à répétition.


Les commentaires sont fermés


aucune annexe



À voir également

Didier Albin, Le Soir, 10 mars 2016, édition Hainaut, p. 24

Charleroi: le stand de tir en infraction avec la réglementation environnementale

Les policiers de la zone s’entraînent dans une infrastructure non conforme.

Lire la suite

Didier Albin, l'Avenir (édition entre-Sambre-et-Meuse), 2 février 2016, p. SM 11

Toutes les motions d’Écolo recalées

Aucun des projets de motion inscrits à l’ordre du jour par le groupe Écolo de l’opposition n’a été mis au vote. Explications.

Lire la suite