Le Vert Pays

Ecolo à Charleroi

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Pis que SDF : femme SDF

Les femmes sans domicile sont confrontées à plus de difficultés que les hommes. La honte ou la domination masculine les poussent à se cacher et à renier leur féminité. Un lieu d’accueil de jour spécifique a ouvert ses portes à Charleroi. Reste le problème de la nuit

  • Auteur : Didier Albin
  • Source : Le Soir

Dans le giron de L’ASBL Solidarités Nouvelles, un accueil pour femmes sans domicile fixe vient de s’ouvrir à Charleroi, près du centre le Rebond. Le projet est porté par quatre « rescapées de la rue », selon les termes de Nathalie, Sabrina, Maryline et Rose. « Les femmes SDF, ça arrive plus souvent qu’on ne croit, dit Nathalie. C’est parce qu’elles se cachent qu’on ne les voit pas. » Dans une ville où elles sont des dizaines, il s’agit de leur offrir un lieu d’écoute et de parole.

« En situation de grande précarité, les femmes s’abîment et se négligent », constate la conseillère communale Ecolo Anne Cattiez qui préside le conseil consultatif égalité hommes-femmes de Charleroi. Problèmes d’hygiène et de santé, perte d’estime de soi, peur des institutions, de la violence, du retrait de la garde de leurs enfants. Livrées à elles-mêmes, les femmes doivent perdre leur identité pour survivre. Elles s’habillent comme des hommes, refusent de se maquiller, oublient de prendre soin d’elles. « C’est le prix à payer dans un environnement largement dominé par les hommes », résume Manu Condé.

Au terme d’un long travail de recherche pour solidarité Nouvelles, le travailleur social a mis en évidence les caractéristiques de la femme SDF : « L’absence de structure adaptée et la méconnaissance du fonctionnement des organismes d’aide l’amènent à mettre en place des stratégies de survie. Partage de squats avec des amis pour rester à la marge du dispositif officiel, “copinages provisoires” avec des garçons qui leur servent de protecteurs : la galère ! »

Sabrina raconte qu’un compagnon toxicomane violent l’a contrainte à chercher refuge dans la rue. « À l’époque, j’avais un jeune enfant. J’ai été jusqu’à m’armer d’un couteau pour pouvoir nous défendre. »

Méprisées, insultées, battues et parfois violées, les femmes de la rue constituent un vrai problème social. Si les statistiques semblent nier leur existence, elles sont nombreuses. Manu Condé en a rencontré une cinquantaine en entretiens individuels. Dans une proportion très élevée, il a identifié des troubles psychotiques, des retards mentaux et de l’immaturité, parfois alourdis par une dépendance aux drogues.

Avec cette évolution inquiétante : « Faute de couverture contraceptive, le taux de grossesse augmente considérablement dans cette population. Il a progressé de 13 % en un an pour s’établir à 17 grossesses, soit près d’une et demi par mois. »

Des femmes se retrouvent donc avec plusieurs enfants dans une galère permanente. « Le regard des gens nous culpabilise, témoigne Nathalie. On nous voit comme de mauvaises mères, des filles irresponsables qui se complaisent dans leur situation. Alors que l’on trouve des tonnes d’excuses aux hommes qui n’ont plus de logement, nous sommes diabolisées. »

Pour Nathalie, le long parcours de réhabilitation a commencé par un travail thérapeutique entamé grâce à ses parents, puis la rencontre de Maryline aux « Fleurs du bien », le local mis à disposition par Comme chez nous[1] pour les femmes SDF. Étape suivante : s’impliquer dans le centre d’accueil mis en place par L’ASBL. Sous l’égide de Manu Condé, elle veut, avec ses trois compagnes d’infortune, en faire un espace d’expression où il fera bon vivre. Un lieu pour reprendre pied dans la vie.

« On n’y fera pas que raconter ses problèmes, assure le travailleur social. L’idée est plutôt d’assurer une écoute attentive et d’expliquer comment on peut sortir de là. » Rose a retrouvé le goût d’écrire, elle a aujourd’hui un logement. C’est le bout d’un long tunnel qu’elle a emprunté avec ses enfants : « J’ai été battue et abusée, j’avais honte. Mais j’ai repris confiance en moi. »

Le groupe de femmes veut aujourd’hui s’investir pour les autres. Un projet de carte de vœux vient de se concrétiser. Porteur d’espoir, à l’image de leur projet.

Anne Cattiez : « Il faut offrir aux femmes un encadrement adapté »

Présidente du conseil consultatif égalité hommes-femmes de Charleroi, la conseillère communale Anne Cattiez (Ecolo) a observé le phénomène du sans-abrisme féminin en Europe et au Canada.

Existe-t-il des caractéristiques propres aux femmes SDF ? La peur de la domination masculine les amène à se cacher, à perdre leur identité de femmes. Elles se sentent menacées dans les centres d’accueil mixtes alors elles n’y vont pas. En rue, elles se camouflent dans des tenues d’hommes pour devenir invisibles. Santé détériorée et manque d’hygiène résultent de ce choix de marginalité toujours fait par défaut. Il faut donc leur offrir un encadrement adapté.

Des expériences ont-elles été menées à l’étranger ? À Grenoble, par exemple, un accueil de jour spécifique a été mis en place. L’objectif est de faire retrouver aux femmes qui le fréquentent leur féminité et leur estime d’elles-mêmes : un coin maquillage est à leur disposition, un salon de coiffure, un espace habillement, etc. Il n’y a pas de contrôle social ni d’accompagnement forcé, c’est un lieu de bien-être pour poser ses paquets et recréer du lien social. Il ne fonctionne que 3 jours par semaine pour ne pas créer de dépendance.

D’autres projets ont-ils retenu votre attention ? À Québec, j’ai découvert un centre d’accueil fermé pour femmes sans domicile. La discipline y est très rigoureuse et les pensionnaires tenues à un “ contrat de réhabilitation”. elles doivent retrouver un logement, un travail. Mais le chemin est long : les experts canadiens considèrent que la réhabilitation complète d’une femme SDF prend 7 ans.

Que manque-t-il à Charleroi ? Le projet des “Fleurs du bien” répond aux besoins d’accueil en journée, mais il manque encore un dortoir de femmes pour la nuit.

Notes :

[1]  Et non pas Solidarité Nouvelle. Correction apportée pas Le Soir dans son édition du 13 janvier 2011, p. 21.


Les commentaires sont fermés


aucune annexe



À voir également

Didier Albin, Le Soir, 10 mars 2016, édition Hainaut, p. 24

Charleroi: le stand de tir en infraction avec la réglementation environnementale

Les policiers de la zone s’entraînent dans une infrastructure non conforme.

Lire la suite

Didier Albin, l'Avenir (édition entre-Sambre-et-Meuse), 2 février 2016, p. SM 11

Toutes les motions d’Écolo recalées

Aucun des projets de motion inscrits à l’ordre du jour par le groupe Écolo de l’opposition n’a été mis au vote. Explications.

Lire la suite