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Ecolo à Charleroi

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Valorisation du patrimoine et promotion de la culture à Charleroi

Trop souvent considérée comme secondaire, la culture – les cultures – participe pourtant au dynamisme d’une ville, d’une région. C’est l’une des pierres angulaires du développement de nos sociétés, de notre identité, de notre capacité à aller vers l’autre…

  • Isabelle Meerhaeghe, Députée régionale et communautaire
  • Luc Parmentier, chef de groupe Ecolo au Conseil communal
  • Jean-Marie Hoornaert, qui a fait le tour de nos monuments et sites classés ou non
  • Xavier Desgain, Député régional et communautaire
  • Julien Lechat, secrétaire politique de la Locale

Jumet_-_Chapelle_Notre-Dame_des_Affliges.jpg

Le patrimoine carolorégien

Bref état des lieux

Les journées du patrimoine à venir nous parlent Des pierres et des lettres. En fait de pierres, l’écrivain Louis Delattre n’aimait guère celles de Charleroi : «Charleroi ! Quelle étrange ville, cette vaste agglomération de maisons sans caractère, dont les fondations s’élevèrent sur les bords de la Sambre, à Charnoy, par ordre du roi Charles II d’Espagne. Et d’ajouter : Qu’il est doux de sortir de ce Charleroi sans passé ! Comme on s’explique l’entrain des habitants à saisir la moindre occasion d’abandonner leur ville pour se disperser sous les bois de Loverval ; le long de l’eau jusqu’à Landelies ; par les champs au delà de Montigny ; dans ces villages d’idylles où la nature retrouve son innocence ![1] »

C’est que le médecin fontainois écrivait voici un siècle, et qu’au milieu des fumées industrielles, la Ville paraissait bien récente encore. Aujourd’hui, si Charleroi peut rester étrange aux regards de bon nombre de ses visiteurs voire de ses habitants, ce n’est pourtant pas faute de patrimoine. Mais faut-il encore le savoir.

Ainsi, le Service public de Wallonie a récemment fait installer le long des autoroutes des panneaux invitant à la flânerie et au tourisme. Ceux qui se donnent à voir à l’approche de Charleroi promettent d’y découvrir des joyaux d’art déco et d’art nouveau. Et ces joyaux sont bien réels. Mais comment le touriste, ou même l’habitant de Charleroi, peuvent-ils y croire lorsqu’ils descendent de l’autoroute ou du train dans une ville dont les atouts sont aussi peu mis en valeur ?

Des acteurs culturels se mobilisent et des actions colorent la ville. Les pouvoirs publics se doivent de soutenir et de développer cet enthousiasmant mouvement d’initiatives portées notamment par des citoyens tout simplement parce que « l’art, la culture et la vie associative ouvrent le champ des possibles[2] »

Si nous nous adressons aujourd’hui à la presse dans ce quartier du chef-lieu de Jumet, c’est pour y indiquer la consistance du patrimoine de nos quartiers. En effet, au chef-lieu de Jumet se trouvent à la fois l’église Saint-Sulpice, classée ; le bâtiment de la maison communale annexe, plus ancienne maison communale de Charleroi ; et la chapelle Notre-Dame des affligés (photo), elle aussi classée. Ces deux derniers monuments, malgré leur intérêt, ne font pas l’objet de l’attention qu’ils méritent : ainsi, la Maison communale annexe de Jumet est percluse d’humidité tandis que le chœur octogonal de la chapelle Notre-Dame des affligés n’a plus de toit. Il est ainsi surréaliste de subir le contraste entre le macaron Monument protégé par la Région wallonne et l’absence de toiture. Cet exemple illustre malheureusement un état de fait qui se vérifie en bien d’autres endroits… Ainsi le touriste qui arriverait à Charleroi par la porte Ouest se trouve confronté à l’état lamentable de la brasserie des alliés dont les Marchiennois attendent la réhabilitation depuis deux décennies ; à venir par le Nord, s’il lui prend de faire un léger détour par le cinéma-théâtre Varia de Jumet en descendant la chaussée de Bruxelles, il n’y verra qu’un bâtiment endormi sous ses bâches, l’Institut du patrimoine wallon attendant que la Ville de Charleroi trouve enfin un projet de réaffectation à ce monument ; à traverser le Pont roi Baudouin, peut-être sera-t-il attentif aux sculptures de Constantin Meunier, peu mises en valeur ; il est peu probable qu’il voit d’un bon œil l’immeuble des pianos de Heug, pourtant chef-d’œuvre du modernisme, tant les barrières Nadar qui l’entourent font office de repoussoir. Certes, ce dernier bâtiment fera l’objet de restaurations au cours de l’exécution du projet Phoenix. Rien n’interdirait toutefois de l’indiquer dès aujourd’hui au passant, qui pourrait prendre conscience d’ores et déjà de la valeur de son patrimoine avec la promesse positive d’une prochaine réhabilitation. Beaucoup des bâtiments à valeur patrimoniale qui doivent être restaurés ne sont pas propriétés de la Ville, cela n’empêche pas des contacts et une politique de valorisation proactive qui fait pourtant défaut.

Ce qui est vrai du patrimoine monumental l’est aussi pour d’autres pans de la mémoire collective. Ainsi, l’état de la conservation des archives à Charleroi, et leurs conditions d’accès à la recherche posent tragiquement question, à l’heure où pourtant, on voudrait éduquer les nouvelles générations, aux leçons de l’histoire et au sens de la mémoire[3].

Prospective et propositions

Projets et perspectives de redéploiement

Des projets de réaffectation de sites patrimoniaux sont d’autant plus importants qu’ils peuvent être porteurs de perspectives de redéploiement d’un quartier. Ainsi, un projet de réaffectation des bâtiments de la brasserie des Alliés à Marchiennes est à l’étude à Igretec[4].

D’une manière générale, nous nous réjouissons qu’Igretec comme de nombreux acteurs économiques et sociaux de la région sont d’avis que la culture peut constituer un levier de redéploiement économique. Pour autant, il est nécessaire de passer rapidement du projet à l’action, les Marchiennois n’ayant déjà que trop attendu dans ce quartier « abandonné ». En outre, indépendamment du projet de construction du nouveau stade, cette réaffectation doit avoir pour objectif de faire revivre ce quartier dit de la porte ouest. Invoquer les coûts de dépollution pour enterrer tout projet de réhabilitation est d’autant plus inacceptable que ce quartier n’est pas désertique : des familles y habitent sans parler de la nappe phréatique qui n’est pas à l’abri non plus.

Synergies tous azimut

Des synergies doivent être pensées qui dépassent le strict cadre culturel : comment valoriser ainsi l’intérêt de la chapelle mariale du Chef-Lieu de Jumet dans la perspective de la création de la nouvelle zone d’activités qui la jouxte ? Il en est de même dans le cas des anciennes fonderies Giot de la rue de Châtelet à Marchiennes : la restauration de la façade art nouveau sécession viennoise des bureaux doit être pensée dans la perspective de la réhabilitation du site destinée à devenir une « microzone » d’activité économique[5], le tout ne pouvant être envisagé sans lien avec la qualité de vie des habitants de ce quartier délaissé. Sans garantie d’exhaustivité, d’autres lieux d’intérêt patrimonial doivent faire l’objet d’attention, comme par exemple la piscine Solvay à Couillet.

De l’attractivité

Il y a un peu plus d’un an, une étude[6] portant sur un échantillon de 1541 passagers de BSCA révélait que 72% avaient visité Bruxelles ; 33% Bruges ; 6% Liège et 3% Charleroi (46 personnes). De même, 64% des 1424 passagers ayant répondu à la question « dans quelle ville avez-vous passé la nuit ? » ont indiqué Bruxelles contre 5% Liège et 2% Charleroi (28 personnes). Débarqués à Charleroi, des touristes de passage dans notre pays en profitent bel et bien pour visiter l’une ou l’autre ville. Comment les attirer à 2 pas de l’aéroport dans la plus grande ville de Wallonie ? Le Gouvernement wallon vient de décider de financer un projet pilote à l’aéroport de Gosselies. Ce projet consiste à placer des bornes tactiles en différents lieux du site afin de promotionner le tourisme en Wallonie. Il y aurait lieu a minima de porter une plus grande attention à la mise en évidence de notre métropole et de sa région dans le développement de ces bornes. En complément, il s’agirait de prévoir quelques brochures touristiques sur Charleroi à proposer aux voyageurs. Distribuées en vol et à disposition au sein de l’aéroport, ces brochures devraient être déclinées en fonction des intérêts du public visé – par exemple, « Que faire à Charleroi en une journée avec des enfants ? » – et aussi coordonner la communication de façon à ce que, notamment en ce qui concerne le patrimoine architectural, un parcours-type du centre-ville soit proposé « Comment découvrir le patrimoine de Charleroi en une journée ? ».

Du point de vue patrimonial, à côté de l’architecture, la valeur des terrils est aussi à prendre en compte. D’une manière générale, il serait judicieux de placer à beaucoup plus d’endroits des panneaux d’informations indiquant la valeur patrimoniale et historique de tel ou tel lieu ou bâtiment.

De l’accueil de qualité

Les deux dimensions – de service et territoriale – se rejoignent d’ailleurs dans la démarche qualité promue par le Commissariat général au tourisme : celle-ci prévoit en effet la qualité de l’accueil et de l’information, notamment dans les maisons du tourisme, mais aussi la qualité des équipements, parmi lesquels on trouve les trottoirs, voiries et espaces verts, ainsi que la sécurité des personnes[7]. En ce qui concerne les services, il conviendrait de renforcer la présence efficace du personnel de façon à ce que chaque visiteur d’un musée soit accueilli et aidé sinon guidé dans sa visite de façon à ce qu’il ne se sente pas seul et désemparé devant l’œuvre d’art. Sur un autre plan, les accueillants culturels devraient être efficacement formés à la mise en œuvre des dispositions dites « article 27 » à propos de l’accès à la culture. De façon générale, il importerait de professionnaliser par la formation continue les agents de la Ville et de la Province détachés dans les institutions culturelles.

En ce qui concerne le territoire, nous ne pouvons que répéter que la dégradation continue de l’état de la voirie, et en particulier le manque patent d’efficacité de la lutte contre la malpropreté – l’état de propreté des parcs de Charleroi peut à ce titre être cité en exemple négatif – les trafics de drogue en certains lieux, les logements inoccupés, la disparition progressive de l’horeca… contribuent à alimenter sans cesse un sentiment d’insécurité et ne peuvent que nuire à l’attractivité culturelle de la Ville. Il s’agit de problème complexe, dépassant souvent le seul domaine d’action communal ; toutefois, la Ville peut être à la base d’une démarche mobilisatrice et volontariste entraînant les autres niveaux de pouvoirs ou institutions dans la résolution de ces problèmes.

La culture en mouvement

Bref état des lieux

La Ville de Charleroi, comme la Communauté française, subsidie toute une série d’acteurs culturels sur le territoire de la Ville. Plus largement, par des subsides ou par gestion directe, tous les niveaux de pouvoir (y compris l’Etat fédéral propriétaire du bâtiment des Ecuries qui abrite Charleroi-Danses) interviennent peu ou prou dans les activités culturelles : Région wallonne (Bois du Cazier) ; Province (BPS 22), par exemple.

D’une manière générale, étant donné la situation budgétaire générale aux différents niveaux de pouvoir, il est peu probable que la manne culturelle augmente significativement à court comme à moyen terme.

Pour autant, la culture est très loin d’être absente à Charleroi. Citons différents acteurs d’importance, sans prétendre à l’exhaustivité.

  • Le Centre culturel régional de Charleroi, plus couramment appelé Eden, en synergie avec le Palais des Beaux-Arts (PBA) dont le contrat-programme pérennisant la synergie des deux institutions a été renouvelé pour la période 2009-2012. Notons que le PBA a été choisi pour développer un pôle d’art lyrique léger.
  • Charleroi-Danses et le Musée de la photographie, récemment agrandi pour devenir le plus grand espace européen dédié à la photographie, sont deux enseignes de la Communauté française.
  • Le Bois du Cazier reçoit de gros subsides de la Ville, de la Région et de la Communauté. Il accueille en outre le Musée du Verre et le Musée de l’Industrie
  • Le Musée des Beaux-Arts est toujours actuellement hébergé au PBA à la suite des fuites de toiture à l’Hôtel de Ville.
  • Le BPS 22 qui dépend de la Province devrait prochainement être géré par une asbl autonome.
  • Le théâtre de l’Ancre reçoit lui aussi quelques subsides Ville et Communauté.
  • Le Vaudeville occupe le site des anciens cinémas Marignan-Vauban.
  • Le théâtre de la Ruche à Marcinelle attire un nouveau public.
  • Le théâtre de la Guimbarde développe quant à lui des spectacles participatifs destinés aux enfants de deux ans et demi à douze ans.
  • D’autres acteurs, comme le Rockerill et le Vecteur font émerger les nouvelles cultures
  • D’autres encore, comme Charleroi Face B, s’emploient à faire connaître toutes nos richesses culturelles

Plusieurs questions restent actuellement en suspens ou posent problème. Nous les passons en revue.

  • Quid du Quai de l’image ? Où en est-on ? A ce jour, les deux projets en lice qui opposent le consortium composé autour de Michail Bakolas, directeur du Cinéma Le Parc à celui de Jean-Pierre Tilmant ne sont toujours pas départagés[8], alors que les travaux de réhabilitation des bâtiments devraient, eux, bientôt commencer, selon le planning fourni par Eric Massin[9]. Le groupe local écolo regrette ce retard qui risque de compromettre la coordination entre les deux volets du projet (travaux de réhabilitation et projet culturel). Rappelons en effet que le choix des projets était initialement prévu pour février 2011. Certes, la prudence impose parfois quelque lenteur, mais l’excès de prudence conduit inévitablement à l’inertie. Pour sa part, écolo soutient le projet présenté par le cinéma Le Parc, en raison de son expérience culturelle largement éprouvée, et de son enracinement carolorégien.
  • La synergie PBA-Eden a pour mission d’augmenter l’offre culturelle à Charleroi. Dans quel sens cette augmentation va-telle intervenir, en augmentant les activités de diffusion ou en faisant émerger de nouveaux talents ? Comment, par ailleurs, toucher un public plus diversifié ?
  • Comment développer une stratégie de communication efficace de l’offre culturelle présente sur le territoire de la Ville de Charleroi ? Actuellement en effet, les annonces sont dispersées dans les agendas de Latitude, de Charleroi-magazine, dans les agendas culturels de différents quotidiens ou magazines, sans parler des initiatives plus locales qui ne sont souvent connues que des seuls initiés.
  • Dans quel sens le développement futur du Bois du Cazier doit-il intervenir ? Beaucoup d’argent a en effet été investi dans la réfection des bâtiments et l’attractivité du site. N’y aurait-il pas lieu de réorienter les investissements vers le développement de l’offre éducative à destination des publics scolaires ?
  • La Ville se sert-elle de sa qualité de Pouvoir organisateur de l’enseignement communal pour promouvoir les activités culturelles, notamment le programme Boîte à Rêves du CCRC-Eden ?
  • Comment peut-on aider les petits opérateurs culturels (par exemple Rockerill) voire les initiatives très locales (par exemple, l’Automne musical de Marchienne) ?
  • Cherche-t-on à dynamiser l’offre des centres culturels décentralisés de Mont-sur-Marchienne et de Couillet ?
  • L’état du bâtiment de l’Académie des Beaux-Arts à la rue Dourlet est préoccupant. Qu’est-il prévu ou envisageable de faire pour remédier à cette situation ?

Prospective et propositions

Ecolo Charleroi souhaite :

  • Renforcer la synergie entre le PBA et l’Eden dans le sens d’une meilleure promotion et articulation de l’offre culturelle, en veillant à garantir l’équilibre des missions du CCRC, le financement des institutions en synergie et le statut des personnels. Le renforcement de la synergie doit avoir pour but d’augmenter l’offre culturelle en qualité et en diversité, et de poursuivre une politique de prix abordables. Ainsi, il convient de soutenir le CCRC dans sa mission d’action culturelle et de développement territorial de façon à coordonner les spectacles créatifs proposés dans la région avec les actions émergentes telles que, par exemple, des ateliers d’écriture tout en renforçant les actions qui suscitent la participation citoyenne. Dans cet optique, des actions comme celles menées par le club Van Gogh ou encore le film Marchienne de vie sont des exemples à suivre.
  • Publier un agenda culturel complet et coordonné de l’offre culturelle à Charleroi et dans sa périphérie, en format papier et internet.
  • Amener la culture dans tous les milieux sociaux et permettre à la culture de tous les milieux sociaux de s’exprimer, notamment en développant un travail culturel alternatif au sein des écoles pour motiver les enfants et les jeunes aux activités culturelles, en soutenant le type d’initiatives mises en œuvre notamment par le théâtre de la Guimbarde.
  • Décloisonner les activités culturelles des cultures qui ne sont pas dominantes à Charleroi en les amenant dans les lieux culturels « traditionnels » de façon à promouvoir un plus grand brassage culturel.
  • Faciliter l’accès à la culture des bénéficiaires de l’article 27 dans des conditions d’accueil renforcées.
  • Dans le même esprit, favoriser la mobilité culturelle en demandant au TEC de plancher sur la mise en œuvre d’un ramassage-spectacle. Cette initiative permettrait de favoriser la culture tant chez les jeunes que chez les personnes plus âgées ne disposant pas ou plus de véhicule personnel.
  • Créer des maisons citoyennes dans les quartiers, ouvertes à toutes les associations qui souhaitent un local de réunion ; y prévoir une petite salle polyvalente pour les événements culturels.
  • Mettre sur pied un comité d’aide aux projets, avec un système de bourses pour donner un coup de pouce à ceux qui ont des idées en matière artistique.
  • Valoriser le tag comme moyen d’embellir certains quartiers : identification des murs, contrats avec les jeunes, fourniture de matériel, encadrement, … dans la foulée de l’opération Couleur Carolo.
  • Soutenir Igretec dans sa prise en compte du patrimoine et de la culture comme levier de redéploiement économique (entre autres dans le cadre de l’ancienne Brasserie des Alliés et autres projets qui revitaliseront ce quartier)
  • Développer la présentation de l’offre patrimoniale et culturelle de Charleroi à l’aéroport de façon à attirer au centre les visiteurs de passage.
  • Etablir une collaboration entre la Ville et Télésambre de façon à aboutir à la conception, la réalisation et la diffusion de « capsules » culturelles destinées à promouvoir notre patrimoine et notre offre culturelle auprès du plus grand nombre.
  • Placer à beaucoup plus d’endroits des panneaux d’informations indiquant la valeur patrimoniale et l’historique de tel ou tel bâtiment.
  • Renforcer la gratuité ponctuelle des musées (cfr l’opération : 1er dimanche du mois gratuit au Musée de la Photo)

Conclusion : pour un panorama du patrimoine et de la culture à Charleroi

S’il n’est pas interdit de rêver et même de militer pour un refinancement de la culture, nous pouvons constater que les subsides octroyés à la culture à Charleroi – même s’ils ne sont pas suffisants - ne sont pas négligeables et, plus encore, que le dynamisme des acteurs culturels de la place conduit à ce que notre Ville n’ait pas à rougir de son offre culturelle. Au contraire, nous pouvons affirmer avec fierté que Charleroi est une ville culturelle et une instance importante de la culture en Communauté française et en Région wallonne.

Par contre, la richesse de cette offre est souvent méconnue à l’extérieur, et peut-être plus encore par le citoyen carolorégien lui-même.

Plusieurs causes peuvent être évoquées. Nous en retiendrons deux.

Tout d’abord la communication de l’offre culturelle fait défaut. Si d’heureuses initiatives telles la publication du magazine Latitude existent, elles ne reprennent que les activités organisées par les instances culturelles qui y sont associées. Pour avoir une vision globale de l’offre culturelle, le citoyen carolorégien doit butiner la presse gratuite et payante et reconstituer lui-même un tableau synoptique des activités annoncées. Quant au citoyen extérieur à Charleroi, il faut qu’il soit extrêmement motivé et dispose d’un temps choisi important pour prétendre parvenir à cette vision synoptique. En outre, la signalétique culturelle est, elle aussi défaillante.

Ensuite, l’attractivité de Charleroi comme ville où il fait bon flâner, n’est certes pas idéale. Si l’on passe outre le sempiternel problème de la propreté qui, malgré les promesses de la majorité XXL, ne se résout en rien, surtout pas dans les quartiers périphériques, la mise en valeur du patrimoine architectural de la Ville demande un travail de fond, encore à ébaucher.

C‘est donc pour un panorama culturel complet sur Charleroi que le groupe local écolo plaide, c’est-à-dire un renforcement de mesures ponctuelles permettant de diversifier l’offre et la demande de culture ainsi que la participation de chacune et chacun mais aussi une communication coordonnée, liée à une mise en valeur du patrimoine pour donner à voir au citoyen carolorégien comme au visiteur que Charleroi est une ville de culture. Cette communication coordonnée doit passer au moins par un média lisible reprenant l’ensemble des activités culturelles à venir, une signalétique elle aussi lisible, et plus largement une affirmation forte de la dimension culturelle de la Ville. Si le village de Treignes dans l’entité de Viroinval en Namurois s’est proclamé village des musées alors qu’il en compte quatre, il n’est pas trop tard pour proclamer Charleroi Ville de culture et de patrimoine. Si le plus petit (Treignes) peut le plus, pourquoi le grand (Charleroi) se contenterait-il du moins, en termes de communication ? A moins qu’il ne faille mettre le moins-disant culturel des autorités carolorégiennes sur le compte d’« une police [au sens ancien de gestion] vicieuse [au sens ancien de défectueuse], inactive et coupable[10] », comme le disait jadis le médecin Prévinaire à propos de la politique sanitaire ?

La Culture est en effet vitale. Elle nous aide à comprendre, à donner du sens à l’existence, à « inventer » nos vies, à échanger, à participer à la vie de nos cités. C’est pour ces raisons que la possibilité pour chacune et chacun de participer à la construction du sens doit être garantie. La culture se construit ensemble (artistes, professionnels, amateurs et spectateurs) ; elle contribue à la qualité de vie de façon individuelle et collective. Elle nous permet de nous enrichir des diversités ; elle permet appartenance, reconnaissance, épanouissement et liberté. Elle est un élément fondamental de cohésion sociale et d’intégration.

Oui, la culture a un coût mais elle produit aussi des richesses relationnelle, émotive et intellectuelle mais aussi strictement économique (création d’emplois, développement touristique, attractivité en termes d’image…).

Trop souvent considérée comme secondaire, la culture – les cultures – participe pourtant au dynamisme d’une ville, d’une région. C’est l’une des pierres angulaires du développement de nos sociétés, de notre identité, de notre capacité à aller vers l’autre… C’est dans cette optique qu’Ecolo entend travailler pour une vie culturelle carolo riche, diversifiée, conviviale, ouverte à toutes et tous.

Notes :

[1] Louis Delattre, Le pays wallon, Office de publicité, Bruxelles, 1929 [1905], pp. 162 et 164.

[2] Carte blanche de diverses associations et acteurs culturels de Charleroi publiée dans le Soir du 31 août 2011

[3] Voir notre communiqué du 28 juin 2010 intitulé Le passé constitue les racines du futur

[4] Voir le plan stratégique 2011-2013 d’Igretec, p. 20 ; consultable sur www.igretec.com

[5] Ibid. , pp. 20-21.

[6] BSCA Profil des passagers pour le compte de l’Office de Promotion du Tourisme de Wallonie et de Bruxelles. Ipsos Marketing mai 2010 

[7] Voir Développement touristique. Les plans qualités locaux, sur le site www.animationeconomique.be ; ainsi que Une démarche qualité pour le tourisme wallon, sur le site du Commissariat général au tourisme cgt.tourismewallonie.be

[8] Voir Charleroi. Un duel pour le Quai de l’image, 18 août 2011 ; www.lanouvellegazette.be

[9] Voir réponse d’Eric Massin à la question écrite de Luc Parmentier ; Bulletin du Conseil communal de Charleroi du 30 mai 2011, www.charleroi.be

[10] Cité par Isabelle Parmentier, Histoire de l’environnement en pays de Charleroi, 1730-1830. Pollution et nuisances dans un paysage en voie d’industrialisation, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 2008, p. 299.


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Patrimoine carolo Patrimoine carolo ·  23 septembre 2011, 09:44

A titre personnel, je ne peux que donner raison à Ecolo dans son analyse. Je soutiens également les propositions énoncées, auxquelles j’ajouterais la nécessité de disposer d’un véritable Musée des Beaux-Arts de Charleroi. Nombre de touristes (belges ou étrangers, d’un jour ou pour toujours) cherchent avant tout un musée représentatif des arts locaux. Si les collections de la ville sont réputées pour leur incroyable richesse, elles ne sont pour autant pas mises en valeur…
Concernant le patrimoine, Charleroi possède des atouts indéniables. Mais chaque année, on détruit petit-à-petit ce patrimoine. Avec Rive gauche (et le volet Phénix 1), Charleroi risque une fois de plus de perdre à jamais une important partie de son histoire et de son patrimoine bâti. Sont ainsi menacés de démolition les Colonnades, près de la moitié de la rue du Collège, et avec elle bien des bâtiments néoclassiques du 19e siècle, l’ancien siège du Journal de Charleroi (remarquable construction moderniste teintée d’art déco), l’ancienne demeure des Puissant dans la rue du même nom, et d’autres bâtisses typiques à la rue de Marchienne. Tout ce désastre pour un centre commercial qui videra le quartier dès 18h… Il serait certainement plus judicieux de restaurer et de rénover pour créer des logements de qualité et pour que s’installe à la fois commerces de proximité et enseignes de tous types. Bref d’insuffler une nouvelle vie dans cette partie de la ville basse.
J’espère de tout cœur qu’Ecolo, comme récemment à Bruxelles dans le cadre de l’Avenue du Port, soutiendra les citoyens et les défenseurs du patrimoine carolorégien.


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