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Ecolo à Charleroi

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«Les métiers n'ont pas de sexe»

Comme chaque année, le 8 mars, « Journée internationale des femmes », est l’occasion de rappeler combien notre combat en faveur de l’égalité est toujours malheureusement d’actualité.

  • Isabelle Meerhaeghe, députée régionale et communautaire
  • Anne Cattiez, ex-conseillère communale
  • Malika El Bourezgui, conseillère communale
  • Stéphanie Lorent, conseillère CPAS
  • Luc Parmentier, chef de groupe Ecolo au Conseil communal

Woman at work

1. Introduction

Même si la plupart des gens pense que l’égalité entre les hommes et les femmes est à présent chose acquise, dans les faits beaucoup de situations nous démontrent le contraire et prouvent qu’une attention de tous les jours reste vraiment nécessaire pour changer les mentalités.

Depuis plusieurs dizaines d’années, bon nombre de lois ont été votées qui permettent l’émancipation des femmes notamment en matière de travail ; ainsi, la loi sur l’égalité des salaires « à travail égal salaire égal ». Cette loi, que la Belgique a ratifiée en 1957, est née de l’article 119 du Traité de Rome. Et pourtant, en 1966, les femmes de la FN à Herstal faisaient grève pour obtenir le même salaire que les hommes alors qu’elles effectuaient les mêmes tâches au sein de l’entreprise. L’écart salarial entre les hommes et les femmes reste de 27 à 30%.

Comme dans d’autres domaines de la vie sociale et politique, Ecolo a été particulièrement précurseur en matière d’égalité des genres. Tout récemment encore, à l’initiative de la députée Isabelle Meerhaeghe, le Parlement wallon a voté, ce 20 février 2013, un décret qui imposera en 2018, le principe de la tirette pour les élections communales et provinciales. Cette parité et cette alternance parfaites permettront de tendre vers un nombre le plus équivalent possible entre élus, femmes et hommes.

L’an passé, nous avions rebaptisé une série de rues afin de démontrer que les femmes, comme les hommes, doivent avoir leur place dans l’espace public. Lors de cette action dénommée « Où sont les femmes dans la Cité ? », nous dénoncions déjà les difficultés rencontrées par les femmes tant au niveau politique que professionnel.

Cette année, les femmes Ecolo de Charleroi ont décidé de choisir, comme thème de leur action de sensibilisation, le soutien aux femmes s’engageant dans des métiers dits traditionnellement « masculins ».

2. Quelques chiffres…

Du côté politique, malgré la parité obligatoire sur les listes, les femmes ne sont que 30% à 35 % à siéger dans les différentes assemblées. Appliqué par Ecolo, le principe de la tirette a porté à 45 % le taux d’élues aux élections communales de 2012.

Du côté du secteur privé, par exemple, si 31,5 % des femmes peuvent se targuer d’un diplôme d’enseignement supérieur contre 27,4 % des hommes (enquête de 2009), elles sont quasi absentes à la tête des entreprises cotées en bourse : dans la moitié d’entre elles, on ne dénombre aucune femme au Conseil d’Administration ou au Comité de Direction ! Les CA de ces sociétés sont, en Belgique, composés de seulement 6,87 % de femmes ; les administrateurs délégués désignés par ces Conseils d’Administration sont des femmes pour 4,13 % d’entre eux !

Alors que deux tiers des hommes ont un emploi rémunéré, un peu plus de la moitié des femmes seulement sont actives sur le marché du travail :

  • 7,8% des salariés masculins travaillent à temps partiel contre 43% du côté des femmes actives
  • en 2005, les femmes occupées gagnaient encore 15% de moins que les hommes. Un rapport détaillé sur l’écart salarial qui traitera plus en profondeur de cette problématique sera publié prochainement ;
  • les femmes isolées avec enfants rencontrent plus de difficultés que les autres sur le marché du travail. Elles sont également davantage exposées au risque de se retrouver sous le seuil de pauvreté ;
  • parmi les métiers « typiquement » féminins, on trouve encore : femme de ménage, maîtresse d’école maternelle, garde-enfant, infirmière, secrétaire…Parallèlement, quelques métiers se sont fortement féminisés entre 1993 et 2006 : responsable des ventes, avocat, agent de police, (expert-) comptable et employé à l’Administration publique.

Si nous reprenons les statistiques fréquemment publiées par l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes, nous pouvons constater que :

  • 3 à 4% de femmes seulement occupent des postes dans des métiers d’ouvriers (construction mécanique industrie métallique, transport)
  • elles sont 15% dans le secteur de la construction, les sciences physiques, mathématiques, et techniques ;
  • 18% comme ouvrières qualifiées dans l’industrie de la précision ;
  • 29% dans les métiers du secteur agricole ou comme chefs d’entreprise ;
  • 33% comme gérantes ou directrices de petites entreprises.

Mais elles sont près de :

  • 62% comme employées de bureau ;
  • 67% dans le monde de l’enseignement (sans en être directrice pour autant)
  • 73% comme personnel auxiliaire en sciences médicales ;
  • 75% comme mannequins, vendeuses ;
  • 81% comme réceptionnistes ou guichetières ;
  • 98% comme infirmières ou puéricultrices…

En effet, il est des métiers, auxquels peu, voire aucune femme n’accède ! Mais il en est de même pour les métiers spécifiquement « féminins » tels que la puériculture… où un homme qui « ose » s’orienter vers ce type de métier s’expose encore à des railleries.

Les clichés et les stéréotypes ont la vie dure : « les hommes sont des experts, des porte parole ; les femmes des exécutantes, des témoins »… Inconsciemment, cela se reflète un peu partout que ce soit par exemple dans l’enseignement ou dans la presse également ou en télé. En 2011, l’AJP (association des journalistes professionnels) réalisait une étude basée sur 2225 articles qui démontrait que la présence des femmes dans la presse écrite est très faible : moins de 18% de femmes en moyenne.

3. Clichés ambiants et formations scolaires

Des femmes aussi rêvent d’être maçonne, couvreuse, pompier, aviatrice ou conductrice d’engin…

En voici quelques témoignages :

« Si je suis sérieuse dans mon travail, ce n’est pas parce que je suis une femme, mais parce que mon patron possède lui-même ces qualités et me les a transmises ». Céline, carreleuse.

“Après des études en infographie et quelques années d’expérience comme préparatrice de commande, je suis devenue couvreuse. Mon entourage n’a pas été étonné ; ils se doutaient tous que ça arriverait, même s’ils ne savaient pas quand ! :-) “

“Les filles qui le souhaitent ne devraient pas hésiter à aller vers la construction ! Car hésiter c’est s’empêcher d’avancer… Si vous sentez cette envie au fond de vous, c’est que c’est ça que vous devez faire !”. Claudine, indépendante en parachèvement.

Depuis quelques années, la loi impose aux employeurs de formuler leurs offres d’emploi pour les deux sexes afin de lutter contre les discriminations à l’embauche mais force est de constater que dans les faits, les effets restent peu convaincants.

Des études récentes démontrent que les jeunes hommes et les jeunes filles se forgent très tôt leur idée sur les métiers à leur portée. Ce qui, inévitablement, oriente le choix de leur parcours :

  • dans l’enseignement technique, on retrouve 27 filles contre 1.271 garçons dans les formations à la construction tandis que le secteur « service aux personnes » accueille 13.314 (!) filles contre seulement 4.471 garçons ;
  • dans l’enseignement général, les filles sont majoritaires en éducation artistique, latin, histoire et sciences sociales et sont quasi absentes en éducation technique ou en éducation physique. Elles restent minoritaires (40%) dans les options maths fortes ou les sciences ;
  • Lors de leur inscription à l’université, 29% des garçons choisissent les sciences, contre 9% des filles. Et pourtant, 51% des filles et 38% des garçons réussissent en sciences à l’issue de la première année d’université en sciences.

En réalité, depuis la naissance et notamment à travers les jouets et les jeux, filles et garçons ne reçoivent pas les mêmes messages sur les comportements que l’on attend d’eux. L’homme est présenté dans le monde professionnel et dans des rôles « actifs » tandis que la femme est présentée dans la sphère domestique et dans des rôles « passifs ». Ces stéréotypes de sexe auront de fortes influences sur les orientations scolaires et professionnelles des filles et des garçons (les filles s’orientant plus souvent vers des métiers traditionnellement féminins tels qu’assistante sociale, infirmière, éducatrice… comme dit plus haut).

De plus, de nouveaux phénomènes, aujourd’hui, renforcent ces clichés et stéréotypes. En effet, de jeunes enfants sont plongés dans un monde où la femme doit être belle et l’homme doit être fort. Notre espace public est empli de publicités véhiculant ces messages ; les concours de mini-miss et de mini-mister tout comme les photos de mode d’enfants vont également dans ce sens. Et ceci sans parler de l’accès, pour n’importe quel ado, voire enfant, à la pornographie via internet qui met à mal la relation affective et sexuelle entre les hommes et les femmes.

4. Des propositions concrètes

Nous l’avons vu, les études sur le genre démontrent que c’est très tôt dans le développement des enfants que s’ancrent les stéréotypes et les préjugés à l’égard des femmes et des hommes.
Il faut donc une nécessaire prise de conscience, par l’ensemble de la société, de l’existence encore bien réelle de cette inégalité entre les hommes et les femmes.

Et ceci n’est pas un combat d’arrière garde !

L’école est un des maillons les plus importants dans la chaîne de la construction de soi et donc de son rapport aux autres.
Il est important de proposer le plus tôt possible dans l’éducation de l’enfant une éducation égalitaire des relations entre les filles et les garçons (jouets, lectures, notion de respect, libre choix et égalité face à la formation, l’emploi…). L’élimination des stéréotypes sexués est indispensable pour l’instauration de réels rapports égalitaires entre les jeunes, futur(e)s citoyen(ne)s.

Cela passe par des mesures concrètes comme :

  • Renforcer la formation initiale et continue des enseignants sur les questions de genre, et ce dès la maternelle (voire la crèche !). Il faut que tout le corps enseignant soit mobilisé, directions et pouvoirs organisateurs y compris, afin d’enrayer la reproduction des stéréotypes et des clichés qui alimentent les inégalités entre filles et garçons.
  • Pensons aux livres ! Mener une réflexion avec les éditeurs dans l’optique de créer un label « égalité » pour leurs publications scolaires.
  • Créer une stratégie afin d’agir concrètement au niveau de l’orientation scolaire en sensibilisant notamment les acteurs de ce secteur à la question du genre dans les métiers.
  • Travailler sur l’image des métiers, accessibles à toutes et tous. Promouvoir par exemple les filières peu fréquentées par les filles ou par les garçons.
  • Conscientiser les média aux clichés qu’ils véhiculent, souvent malgré eux, les encourager à lutter contre ces clichés.

Des initiatives existent aujourd’hui pour lutter contre les clichés sexistes relatifs à certains métiers et permettre à des femmes de concrétiser leur rêve et d’exercer leur métier comme elles le souhaitent :

  • dans le cadre du Fonds de Formation de la construction, une cellule appelée « Construction en tout genre » existe : aujourd’hui, on y forme des femmes maçonnes, conductrices d’engins, couvreuses, techniciennes en photovoltaïque, carreleuses… ;
  • l’ASBL « Girls’days-Boys’days » propose revues et animations auprès des jeunes pour l’égalité dans la formation à la vie professionnelle ;
  • en région wallonne, l’alliance emploi-environnement doit également miser sur les métiers d’avenir à destination des hommes comme des femmes : dans le cadre de la construction et de la rénovation en lien avec l’énergie et les nouvelles techniques d’isolation. Il est vrai que des formations pour les femmes existent mais il reste encore du travail au niveau de la sensibilisation des entreprises peu enclines à engager des femmes dans ce type de secteur. Les autres volets de l’alliance emploi- environnement, comme l’agriculture et la sécurité alimentaire doivent également favoriser l’intégration des femmes sur le marché du travail.

Quelques femmes pionnières dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes :

  • Valentina Terechkova : première femme astronaute dans l’espace en 1963 ;
  • Lucia de Brouckère : docteur en sciences chimiques en 1904; première femmes belge à enseigner dans une faculté des sciences ;
  • Marie Popelin, première femme ayant effectué le droit mais ayant été refusée pour exercer le métier d’avocate (1906).

Notre action 2013

Afin de sensibiliser le grand public, d’une façon ludique, les femmes Ecolo de Charleroi organiseront le samedi 9 mars, une action à la ville basse avec la collaboration des commerçants du boulevard Tirou. Ceux-ci déposeront dans leur vitrine un objet insolite qui fera référence aux métiers dits masculins mais que des femmes peuvent tout aussi bien exercer. Cette action fera l’objet d’un concours pour les passants qui devront repérer ces différents objets. Le gagnant remportera un chèque-cadeau à la librairie Molière.

Si le chemin est encore long, nous remarquons toutefois que bon nombre de personnes sont sensibles à cette question de l’égalité entre femmes et hommes. Ainsi, quasi tous les commerçants du boulevard Tirou ont répondu positivement et avec enthousiasme à notre sollicitation. Nous les en remercions vivement. Quelle plus belle vitrine pouvions-nous espérer pour notre action !

Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé

Albert Einstein


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