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Note de politique logement de la majorité

Cette note communale sur le logement mérite de larges critiques, tant sur ce qu’elle contient que sur les aspects de la politique du logement qui n’y sont pas repris

  • Xavier Desgain, conseiller communal.

Dampremy - rue_Sainte-Barbe - photo Denis Uvier

Cette note communale sur le logement mérite de larges critiques, tant sur ce qu’elle contient que sur les aspects de la politique du logement qui n’y sont pas repris. La volonté de lutter contre les marchands de sommeil est louable et nous soutenons cette volonté politique. Il est grand temps que notre ville se réveille face à cette problématique qu’elle a générée elle-même et que nous avons toujours dénoncée. Cette situation, créée par des propriétaires peu scrupuleux et avant tout attirés par l’appât du gain, est par ailleurs accentuée par les législations sociales défavorables aux cohabitants, ce que nous dénonçons aussi au niveau fédéral. L’individualisation des droits aurait un impact immédiat sur les marchands de sommeil et les loueurs de boîtes aux lettres que vous voulez bannir de la ville. Mais quelles sont les propositions pour reloger les locataires victimes de ces propriétaires véreux ? Nous en trouvons très peu dans cette note, et pour cause.

La tendance générale de cette note confirme la volonté de la majorité de ramener vers la ville des habitants qui disposent de moyens financiers et qui font actuellement le choix d’habiter en périphérie. Ainsi, hélas, très peu de choses sont prévues pour soutenir une politique de logements à l‘égard des plus faibles (sans emplois, petits pensionnés, personnes bénéficiant du revenu d’intégration sociale, personnes seules) et des 43% de personnes qui vivent seules à Charleroi. Le risque est donc très grand que votre politique pousse hors de Charleroi la population la plus fragilisée de la ville, déjà fortement victime de l’augmentation du prix des loyers et des logements, ce qui est inacceptable ! Même si l’art. 23 de notre Constitution figure en début de texte, la volonté politique en matière de logement, ainsi décrite dans la note, vise beaucoup plus à créer et retrouver des logements moyens (pour attirer de nouveaux revenus) qu’à une véritable politique de logements pour tous.

Par ailleurs, cette note passe totalement sous silence les politiques novatrices de logements : rien sur le logement intergénérationnel, rien sur le logement collectif, rien sur les logements kangourous, rien sur l’autoconstruction de logements bon marché, quasi rien sur le logement dans les immeubles inoccupés, en particulier au-dessus des commerces, rien sur les expériences pilotes de contrôle ou de suivi des loyers dans lesquelles la Ville pourrait s’impliquer, rien sur le maintien des personnes âgées à domicile.

Enfin, l’énorme enjeu de la rénovation énergétique des logements est totalement passée sous silence. Le passage de la note consacré à la rénovation du logement ne vise qu’un seul quartier de Charleroi, et n’a pas d’objectif énergétique. C’est regrettable, surtout quand on connaît l’état des logements existants sur la ville. Or, la rénovation énergétique, c’est non seulement une source de création d’emplois, mais aussi une source d’économie financière pour les habitants et d’amélioration de la qualité des logements dans la ville. Et la ville pourrait jouer un rôle d’amplificateur de l’alliance emploi-environnement et viser, tant au travers de ses propres investissements qu’au travers des permis qu’elle octroie à la plus grande performance énergétique.

Le reste de cette note communale montre que l’intégration de l’écologie dans les logements eux-mêmes n’est manifestement pas une priorité de la Ville.

Par priorités

1. Promouvoir un logement de qualité

Fort bien mais il s’agit ici d’abord et surtout de lutter contre les marchands de sommeil. Bien sûr nous disons non à la subdivision des immeubles dans ce sens mais qu’en est-il des besoins des citoyens : à savoir un besoin énorme de petits logements (43% de personnes isolées chez nous) ? Quelles sont vos propositions pour loger ces personnes isolées ? Nous les avons cherchées dans votre note, en vain.

Par ailleurs, nous regrettons que cette partie de votre note n’aborde pas du tout le mauvais état global de nombreux logements à Charleroi, et leurs mauvaises performances énergétiques. Comme écologistes, nous sommes persuadés qu’une vaste opération de rénovation énergétique du logement carolo est nécessaire, tant pour améliorer le bien-être des habitants que pour leur permettre de consacrer leurs modestes moyens à autre chose qu’à des dépenses énergétiques. Ces investissements sont rentables et créateurs d’emplois. Nous proposons donc ici la constitution d’une alliance emploi-environnement carolorégienne pour assurer la rénovation énergétique de nos logements et amplifier ainsi l’action régionale sur notre ville. Tout le monde y gagnerait.

2. Garantir un logement décent

Finalement, ce point 2 de votre note vient renforcer le premier point qui vise déjà la lutte contre les marchands de sommeil, mais va ici plus loin car elle vise la fraude sociale qui consiste à rechercher un statut d’isolé plutôt qu’un statut de cohabitant. Cette chasse à la fraude sociale a-t-elle encore du sens ? Ce sont les législations sociales qui poussent nos citoyens à le faire, qui poussent des ménages à se séparer pour tenter de conserver des revenus pour essayer de vivre décemment. Il est grand temps de penser à l’individualisation des droits, comme notre collègue fédérale Cécile Thibaut l’a proposé au Sénat. Nous regrettons par ailleurs que tout le paragraphe consacré à la « garantie d’un logement décent » soit en fait consacré à la lutte contre les fraudes et les infractions ! Nous aurions aimé y lire une partie consacrée à la réquisition douce, en lien avec l’AIS afin de remettre ces logements sur le marché locatif privé. Nous aurions aimé y lire des propositions pour soutenir une expérience pilote de suivi et de contrôle des loyers dans le domaine privé car les acteurs de terrain sont demandeurs d’avancer dans ce sens. Nous aurions aimé y lire des propositions pour mettre sur le marché des logements décents pour personnes seules et pour familles très nombreuses par exemple. Nous ne voyons pas cela ici. C’est regrettable, d’autant que votre note ne propose rien pour les personnes qui seront obligées de quitter un logement non conforme. C’est inacceptable pour nous.

3. Faciliter l’accès à la propriété

Cela reste important et c’est très bien de l’évoquer car les locataires sont trois fois plus exposés au risque de pauvreté que les propriétaires. Vous ne proposez toutefois qu’une seule formule, particulièrement à la mode en ce moment, et c’est dommage. Pourquoi ne pas aussi soutenir l’habitat groupé, les logements kangourous et les logements intergénérationnels ? C’est tout aussi important. De même, l’auto-construction n’est pas évoquée non plus, pourtant, associée au community land trust, elle permet à des ménages à revenus encore plus faibles d’accéder eux aussi à la propriété.

4. Attirer une nouvelle population

Très bien aussi à condition que la mixité sociale ne signifie pas « chasse aux pauvres » et « accueil des revenus moyens ». Ainsi, dans ce paragraphe, vous citez l’opération Vauban avec pour objectif, la sécurisation, la revalorisation de la ville et attirer les nouvelles populations. De nouveau, ok, mais que fait-on des populations les plus pauvres ? Nous savons que de telles opérations conduisent à la gentrification des quartiers, avec comme résultat le départ des populations les plus fragilisées. Comment comptez-vous y faire face ? Où sont vos propositions pour contrer ce risque bien connu ?

5. Développer les quartiers

Oui, bien sûr, mais tel que rédigé, nous avons comme écologistes, les mêmes inquiétudes qu’au point 4. Les projets d’ «opérations de rénovation urbaine qui accompagneront le redéploiement socio-éco de ces quartiers » donnent l’impression que tout sera fait pour attirer des revenus plus intéressants et que les autres seront négligés. Votre note précise d’ailleurs que les habitants « pourraient être concertés sur leurs souhaits et leurs projets…». Nous aurions écrit « seront concertés préalablement et impliqués dans la conception des projets ». Ainsi, le projet d’écoquartier de la Docherie, tel qu’il a été adopté par votre majorité, n’apporte pas de réponse précise à ce risque d’exclusion des plus défavorisés.

6. Renforcer la coopération avec le secteur privé

C’est tout à fait indispensable. Il est essentiel de se centrer sur l’habitat existant et pas uniquement sur de grands projets bling-bling. Nous regrettons par exemple que la note ne propose pas d’ouvrir des intérieurs d’ilots pour permettre l’accès aux étages des commerces par l’arrière et ainsi remettre dans le circuit de nombreux logements actuellement inoccupés. La ville d’Anvers l’a fait avec succès dans plusieurs quartiers particulièrement difficiles. Cela permettrait par exemple de revitaliser l’habitat dans les ilots situés de part et d’autre de la rue de la Montagne. Par ailleurs, il faut aussi mettre en évidence tout le travail réalisé par le secteur associatif, qui mérite lui aussi toute notre attention.

7. Rénover l’AIS

Nous vous soutenons pleinement sur ce point sur lequel nous insistons depuis plusieurs années et qui rejoint nos préoccupations sur l’action et la visibilité de l’AIS. Il est en effet important dans ce cadre de souligner que les « propriétaires solidaires » existent ! Et que l’essentiel ici, c’est bien de récupérer des logements avec la participation des propriétaires (qui ne connaissent pas pour la plupart l’AIS et son principe). Notre soutien sur ce point est largement volontaire puisque le ministre régional du logement vient de prolonger le financement du capteur logement, fonction novatrice, en collaboration avec le Relais social, afin de lui permettre de poursuivre son action positive. Nous souhaitons toutefois que l’AIS ait une attitude plus proactive face au public qu’elle vise et qu’elle cherche à mettre à disposition des logements pour familles nombreuses ; ce que l’AIS fait encore peu et qu’elle pourrait faire très bien. Nous espérons, Madame l’Echevine, que vous aurez à cœur de prendre cette préoccupation en compte, en faveur des familles nombreuses qui ont plutôt besoin de maisons que d’appartements.

8. Logements sociaux

La fusion est évidemment un élément clé qui va pouvoir donner des moyens d’actions mieux coordonnés, c’est évident. Nous pensons toutefois qu’il faudra rester très attentif à la dimension humaine et sociale de l’action de la société de logement, pour ne pas donner l’impression aux habitants d’être face à un mammouth, une grosse institution sans souplesse, sans écoute individuelle. Ce doit être un point d’attention constant. Il est aussi important d’insister sur la mixité de fonction des zones de logements sociaux (bureaux, petits commerces, acquisition de logements dans les quartiers d’habitat classiques, etc.).

Le paragraphe consacré aux logements modulables est aussi positif. La modularité des logements est très importante pour nous écologistes. Elle ne doit pas se limiter à quelques logements sociaux ici et là, mais être étendue, notamment aux logements privés. Enfin, il faudra veiller à une bonne coordination avec les autres acteurs de la politique sociale du logement (fonds du logement, RELOGEAS, AIS, CPAS). Cette volonté d’assurer une bonne coordination n’apparaît pas suffisamment dans cette note.

9. Relations avec partenaires

Cela va dans le bon sens, et la fusion des sociétés de logements sociaux y contribuera. Encore faut-il que tous les publics en bénéficient. Nous y serons attentifs.

10. Guichet unique

Oui, bien sûr, mais quand nous voyons tout ce qui existe en matière de logement à Charleroi, c’est plutôt une rationalisation de ce qui existe qui est nécessaire.

Conclusions

Dans votre conclusion, vous noterez que l’un des points essentiels est de redorer l’image de notre ville et clairement, à la lecture du projet, au détriment de ceux qui ont moins de moyens. C’est un des points essentiels que nous contestons dans votre politique. Nous regrettons aussi profondément l’absence de préoccupations et d’objectifs par rapport au bâti existant, à son amélioration et à sa rénovation énergétique, condition essentielle pour les écologistes d’assurer un avenir durable à notre ville. Nous regrettons également l’absence de propositions concrètes pour faire face au fait que 43% de nos habitants vivent seuls, et que 21% vivent dans des familles monoparentales. En n’apportant pas de réponses précises et novatrices à cette situation, vous passez à côté des difficultés rencontrées au quotidien par une majorité de la population de la ville. C’est pour nous une erreur stratégique fondamentale. Une politique cohérente de développement durable sur la ville imposerait au contraire de répondre à cela en priorité.


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