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Quel soutien de Charleroi aux habitants de leur ville jumelle de Donetsk en Ukraine

Question de Monsieur le conseiller Xavier DESGAIN

La ville de Charleroi est jumelée avec la ville industrielle ukrainienne de Donetsk depuis le premier décembre 1983. Les habitants de cette ville sont dramatiquement touchés par le conflit armé qui enflamme l’Ukraine. Et la division au sein de la population de cette grande ville risque d’aggraver encore plus les conséquences de ce conflit, puisque, d’après Wikipédia, la répartition ethnique de la population de la ville de Donetsk est la suivante : 48,15 % de Russes ; 46,65 % d’Ukrainiens ; 1,15 % de Biélorusses ; 0,99 % de Grecs ; 0,50 % de Juifs ; 0,49 % de Tatars ; 0,40 % d’Arméniens ; 0,20 % d’Azerbaïdjanais ; 0,20 % de Géorgiens ; autres 1,27 %.

Madame l’Echevine peut-elle me faire savoir quelle est l’action de la ville de Charleroi pour venir en aide, soutenir, assister, aider, voire accueillir ici des habitants de notre ville jumelle ? Il me semble dans tous les cas important que notre ville confirme sa tradition de solidarité et d’hospitalité, surtout à l’égard des habitants d’une ville jumelle, et que la démarche de la ville dépasse largement l’accueil d’étudiants, par ailleurs excellent, organisé annuellement par l’asbl « Donetsk horizon 2000 ».

Réponse de Madame l’Echevine Julie PATTE

A l’heure où je rédige cette réponse, lundi 16 février en fin de matinée, les armes se sont tues depuis quelques heures seulement autour de Donetsk. Des négociations extrêmement délicates menées par la France et l’Allemagne auprès de Vladimir Poutine et des belligérants, ont abouti à un cessez-le- feu.

Cette paix relative est fragile. Les journaux de ce matin faisaient état de la volonté d’en découdre, de part et d’autre, à l’est de l’Ukraine. François Hollande, Angela Merkel et la diplomatie européenne marchent sur des œufs dans un conflit traversé d’oppositions ethniques, linguistiques, historiques et politiques.

J’espère donc que vous mesurez la difficulté et le danger pour une ville, fusse-t-elle jumelle, de s’immiscer avec les meilleurs intentions du monde, dans ce qui n’est rien moins qu’une guerre civile. Dans une ville en feu comme l’est Donestk depuis plusieurs mois, toute initiative isolée fait courir un risque non seulement à ses initiateurs, mais également à ses destinataires potentiels. Et depuis quelques semaines, elle aurait mis en péril le fragile processus de paix.

Par ailleurs, Charleroi a perdu tout contact avec les autorités de la Ville de Donetsk. Et cet état fait rend caduc tout projet. Les images diffusées par les journaux télévisés devraient vous convaincre. En 2014, pour la première fois depuis plusieurs années, la Division Accueil Développement touristique qui a en charge les relations avec les villes jumelées, n’a pas organiser l’accueil des étudiants de Donetsk. de en et pu

Pourtant, la Ville de Charleroi a tout fait pour entretenir les relations après le début du conflit, tant qu’elle a pu le faire. Vous en trouverez l’illustration ci-dessous Le dernier contact avec la Ville de Donetsk remonte à avril 2014. Charleroi a reçu un courrier du Maire, Mr Loukianchenko, nous faisant part d’un projet urbanistique et sollicitant une participation

Le projet consistait en la création du Square des villes jumelées qui, d’après Mr Loukianchenko, aurait servi d’ « espace d’Europe et du monde » dans la ville. Le square devait devenir un lieu d’événements culturels, un endroit à visiter par les délégations étrangères et organiser des journées thématiques des villes jumelées. Le projet fut lancé dans le cadre de célébration du 145e anniversaire de la ville de Donetsk et du 200e anniversaire de son fondateur John James Yuse, afin de renforcer les relations amicales avec 23 villes partenaires et jumelées de Donetsk.

La Mairie a demandé à chaque ville jumelée de prendre part à ce projet en fournissant « un symbole d’amitié », par exemple un banc, un réverbère, une poubelle, ou un élément d’architecture. Le Collège communal de la Ville de Charleroi a répondu positivement à cette demande, mais la situation à Donetsk s’est aggravée en juillet 2014.

Pourquoi ce projet à un moment si inopportun me direz-vous ? Dans une situation ressemblant de plus en plus à une guerre civile, Monsieur Loukianchenko a tenté de rendre la vie la plus « normale » possible, de maintenir le fonctionnement des commodités urbaines : eau, enlèvement des immondices, services médicaux, nettoyage des voiries, transport en commun, etc. Au printemps 2014, les services municipaux avaient même réalisé un planning de plantation d’un million de roses…

Mr Loukianchenko a continué brièvement à exercer le mandat de maire après la proclamation de la République populaire de Donetsk en mai 2014. En juillet 2014, il a fui Donetsk, sous les menaces des séparatistes. Depuis, nos services ont perdu tout contact avec la Mairie de Donetsk. Aujourd’hui, l’ancien maire vit à Kiev et, selon plusieurs sources, il garde toujours des contacts avec la municipalité. Au début février 2015, il a été vu à Bruxelles où il s’est rendu à un congrès ukrainien.

Le 13 octobre 2014, le gouvernement de la DNR (République populaire de Donetsk) a désigné un nouveau maire de la ville, ou plutôt « chef de l’administration de la Ville » : Mr Igor Martynov, conseiller municipal, homme d’affaires, dirigeant actif dans les milieux sportifs. Il n’était pas élu, mais désigné. Vu les actions militaires incessantes, il était impossible d’organiser des élections.

Depuis janvier 2015 comme vous le savez, les troupes ukrainiennes ont intensifié leurs actions militaires contre Donetsk.

Le 21 janvier, Mr Martynov s’est adressé à la communauté internationale en demandant de l’aide. Il appelle à une aide immédiate et à une réaction adéquate de la communauté internationale face aux actions militaires en cours. La la traduction d’extraits de son intervention donne un aperçu de l’état de siège et de l’horreur dans laquelle se trouve la ville : Les derniers jours, les forces armées ukrainiennes mènent des tirs d’artillerie incessants sur notre ville, ce qui provoque la mort de nos habitants, enfants, vieillards, la destruction des maisons d’habitation, d’hôpitaux, d’écoles, de l’infrastructure de la ville. Rien que pendant la dernière semaine, à cause des actions militaires, 27 civils ont péri, 71 furent blessés, on a détruit 105 bâtiments de logement, 3 hôpitaux, 2 écoles maternelles et 3 écoles primaires et secondaires. Dès le début des actions militaires, on a détruit ou endommagé 2 367 bâtiments de logement.

Nous déclarons que notre seul souhait est l’aspiration à vivre en accord avec nos traditions historiques, avec notre culture, nos coutumes et la langue maternelle, et cela, dans la paix et la bonne entente avec toutes les nations, les peuples et les états qui ne sont pas hostiles à notre égard.

Je ne souhaite pas prendre position dans un conflit dont les racines sont profondes, mais faire état d’un témoignage. La guerre est toujours un échec dont les civils paient le prix fort.

D’après l’ONU, le nombre de réfugiés et de personnes qui se sont déplacées dans d’autres villes ukrainiennes, a dépassé 1.200.000 personnes. En outre, près de 1.400.000 personnes ont besoin d’aide. C’est ce qui ressort du rapport de la commission de l’ONU sur la coordination des questions humanitaires en janvier dernier. Selon les dernières informations, 633.523 personnes sont parties dans d’autres villes ukrainiennes et 593.622 personnes seraient à l’étranger.

A titre d’information, la Ville de Donetsk est jumelée avec 11 villes dont Charleroi (Belgique), Bochum (Allemagne), Taranto (Italie), Pittsburgh (USA), Sheffield (GB), Koutaïci (Géorgie), Oulan- Oudè et Kazan (Russie), Gomel (Biélorussie), Katowice (Pologne), Taiyaun (Chine) et compte 10 villes partenaires en Estonie, Lituanie, Russie, Afrique du Sud, Tchéquie et Jordanie.

Votre suggestion d’accueillir des habitants de Donetsk à Charleroi est un réflexe naturel et généreux. Je vous avoue que cette idée m’a aussi traversé l’esprit lorsque j’ai pris mes fonctions en septembre dernier. La description de la situation que vous venez de lire la rendait hélas jusqu’ici irréalisable. Et cette question dépasse largement mes compétences d’échevin(e) chargée des Relations internationales et des villes jumelées.

J’espère, comme tous les démocrates, que le cessez-le-feu instauré voici quelques heures débouchera sur une paix durable et respectueuse des différentes parties au confit. Et que cette paix revenue, nous pourrons reprendre nos relations de confiance et de solidarité avec la Ville de Donetsk. Nous pourrons alors évoquer, avec notre Conseil communal, la forme que prendra notre soutien.


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